Extraits retours Sistas 2020

 Extraits de paroles des Sistas DIRE 2020

 




Aline Hémagi La Sardine Fernande DIRE 2020


Prendre le temps de :

Rejoindre un rassemblement. le seul lieu (à ma connaissance) actuellement où se réunissent des conteuses pour (enfin) pouvoir se questionner honnêtement et en profondeur tant sur la pratique artistique, que sur son évolution dans un monde où les normes me sont violentes, où une partie des imaginaires collectifs sont nourris de récits racistes, coloniaux, sexistes, homophobes, hétéronormatifs (etc.). Questionner l'engagement politique des conteuses-artistes et sous quelles formes.

Dans ces questionnement,je cherche à creuse la place de la magie. L'oralité et les contes ont pour moi une part singulière à apporter à ces réflexions, d'autres pistes à creuser, d'autres lignes à bouger pour déconstruire nos imaginaires qui ont été pourris.

Rejoindre un collectif. Faire partie active d'un groupe de conteuses-artistes. Faire chemin en compagnie. Me rendre compte qu'on est pas toutes seules, que y'a moyen de s'organiser et s'entraider en tant qu'artistes femmes. C'est un besoin. Toute seule c'est trop galère, le système est trop violent, les murs sont trop hauts toute seule, ça sert à rien. Un collectif solidaire.

Recréer du lien dans la transmission, là où elle me semble s'être rompue. Ecouter. Confronter si besoin. Choisir consciemment quelles transmissions. Nettoyer le reste.

Faire bouger nos corps sur une chorégraphie et voir comment ça nous porte de mettre nos corps en action collectivement.





Cécile Delhommeau DIRE 2020

Joie.

Sororité.

Lutte.

Invisibilisation.

Silence.

Fronde.

Enchevêtrements.

Dire.

Encore.

Oralités de femmes en lutte - est un rassemblement de 22 Sistas oeuvrant dans les arts de la parole. Le matin, les Sistas se retrouvent en non-mixité pour échanger sur leurs conditions d’existence en tant qu’artistes femmes conteuses, faire l’expérience de la sororité et se mettre en résonnance avec les combats menés en dedans et ailleurs dans le monde.

Le soir, les Sistas proposent des rendez-vous publics sous forme de spectacles ou de causeries pour partager avec des spectateurs et spectatrices leurs différents endroits d’expression.

« DIRE » est la partie émergée de l’iceberg. Tout ce qui se trouve sous la ligne de flottaison est un travail colossal d’organisation, de réflexions, de tâtonnements pour être au plus juste de ce que nous défendons, de ce que nous voulons faire ensemble, sans recette, sans mode d’emploi pré établi, de soin dans les relations, d’exigence artistique, de veille accrue pour ne pas se fourvoyer...

Cela représente un véritable engagement qui nous bouleverse jusqu’à la moelle. Avec honnêteté, sincérité et humilité nous tentons d’inventer quelque-chose qui participe à bouger les lignes. Faire partie des Sistas nous transcende au delà des temps où nous nous retrouvons.

La sororité permet de nommer un commun entre toutes les femmes. Ce commun se situe dans la nécessité de lutter ensemble face à un système de domination, d’oppression et d’exploitation appelé le patriarcat.

Dans ce système, le silence fait partie de l’histoire des femmes. Il nous unit comme un héritage. Et nous voilà femmes de parole! DIRE, c'est se bâtir un glossaire commun, une langue commune afin de nous fabriquer de puissants antidotes pour renverser le vieux monde.

Et nous cherchons, avec toute la modestie dont nous devons faire preuve, à retrouver le sens de notre fonction, à l’investir pleinement, à oser/aussi dire ce qui a été tu pendant des milliers d’années.

Désormais, en dehors du silence et alors que nous questionnons inlassablement notre endroit d’expression, nous pouvons dire que la joie nous unit. La joie de ne plus être seules, la joie de se sentir légitimes à l’ouvrir, la joie de la rage, la joie d’oeuvrer à l’émancipation, la joie de faire vibrer nos visions du monde, nos recherches, la joie d’agir de façon impersonnelle, la joie de dépasser des peurs, la joie de se sentir fortes et radicales, la joie d’affûter des armes et élaborer des stratégies, la joie du partage qui fait boule de neige, la joie de marcher sur des chemins qui nous inventent... Révoltes et traditions.


Pôm Bouvier b DIRE 2020

Nous avons crée une sorte d’équilibre interne, c’est celui-là qui nous a permis le déséquilibre d’une expérience donnée et vécue. Avec un public qui lui aussi a construit cet équilibre temporaire lui permettant de venir à notre rencontre. Il était prêt pour qu’une nouvelle expérience puisse être vécue. Une expérience inattendue et parfois perturbante.

Car cela vaut-il la peine, cela a-t-il un sens encore aujourd’hui de nourrir cette convention de séparation du 4 ème mur . Cette fois-ci l’engagement donné était aussi un engagement demandé.

Faire une expérience ensemble, ne pas savoir où cela nous mènera donc. C’est cela « DIRE ». Des espaces se sont déployés sous la parole, mais non pas des espaces connus, tranquilles et figés. C’était des espaces « au bord de », prêt à basculer, prêt à faire advenir une configuration nouvelle et inconnue. Il fallait pour accepter cela de part et d’autre, sistas et public, se mettre aux aguets , être prêtes et prêts au saut de côté.

C’est maintenant que je vois que pour que l’expérience ai lieue, il faut oublier, ou démolir ce qui précède. Démolir c’est rendre au mur un autre devenir, le faire devenir brique, et sable, pour que le vent crée cette nouvelle dune.

Il y a eue des hésitations, des frissons, des peurs de déraper, des retenues encore à peine . Dans ces micro-espaces s’est engouffré un vent.

Alors « DIRE », l’oralité, je l’ai perçue comme un accordage sans cesse en train de se faire et de se défaire. Laisser des trous est aussi important que de créer des formes.

Les voix, claires, rauques se sont élevées comme des animaux pas dressés, mais qui savent bien se saisir de la terre dans leur mâchoire, et trouver le plaisir de cette puissance du DIRE, la joie et la jubilation qui se retrouve lorsque petit à petit se rompent les entraves.

IL est encore à malaxer, à renoncer, à confronter, à savoir comment tenir tout ce vent, mais ce qui a été ouvert, ce sont des mondes partageables et essentiels.





Novella De Giorgi DIRE 2020

Le rassemblement des Sistas est pour moi un laboratoire d’expérimentation pour réapprendre la liberté.

Si j'étais une femme libre de penser, je penserais quoi ?

Si j'étais une femme libre de dire, je dirais quoi ?

Si j'étais une femme libre d'agir, je ferais quoi ?

Et comment tout cela pourrait s'appliquer dans ma vie et dans ma pratique artistique ?

Libérer la parole dans un cercle de femmes solidaires, révoltées, en lutte.

Penser en terme de forces et de compétences et non pas en terme de fragilité et de déficits.

Réhabiliter la puissance du féminin piétinée depuis des siècles.

Se libérer de l'oppression du patriarcat, de la domination masculine dans tous les domaines et notamment dans le domaine artistique. Se libérer de la peur de ne pas être à la hauteur, de ne pas être légitime, de ne pas être assez...

Se libérer des structures de pouvoir organisées en pyramide, de tout désir d'ordre hégémonique, des injonctions des politiques néolibérales, de la compétition dans le marché de l'industrie culturelle, de la loi de la rentabilité qui réduit l'activité humaine à un tableau Excel et l'art à un produit commercial.

S’entraîner ensemble, partager, expérimenter, essayer autre chose, s'organiser, se tromper, réessayer encore, ''échouer encore, échouer mieux'', se relever, sauter, tomber, crier, voler, jouir.

Ensemble. 

Questionner sans cesse, bousculer les idées figées.

Oser dire.

Se réapproprier la parole et l'espace publique.

Pirater les imaginaires collectifs.

Ne pas se laisser définir/inventer par les autres, s’auto-définir pour combattre les stéréotypes sexistes.

Réapprendre la sororité, la solidarité, la coopération, le commun, le collectif.

Se révolter et lutter ensemble.

Imaginer d'autres possibles, rêver un autre rapport au monde, dire ce qui nous fait vivre, vibrer, jouir.

Agir. Ensemble. 

Parce que ''le pouvoir (aptitude à agir) n'est jamais une propriété individuelle ; il appartient à un groupe et continue de lui appartenir aussi longtemps que ce groupe n'est pas divisé. Lorsque nous déclarons que quelqu'un est ''au pouvoir'', nous entendons par là qu'il a reçu d'un certain nombre de personnes le pouvoir d'agir en leur nom.'' Hannah Arendt – Sur la violence

Réhabiliter le pouvoir à agir des femmes et de toustes les autres opprimé.e.s, non pas pour inverser la logique actuelle, mais pour la subvertir. 

 


 


Bernadète Bidaude DIRE 2020

Nous sommes des femmes, féministes, artistes de la parole, de l’image, du son. Une boule à facettes, où l’intime et le politique se nourrissent. Un apprentissage pour renverser nos peurs. Un lieu bâtisseur pour nous fabriquer de puissants antidotes.

Un outil de révolution pour traquer les stratégies de l’égo et du capitalisme. Archip’ielle attentionnée et ouverte à toutes les différences, nous sommes une force de propositions créatives, contemporaines et sans âge. Un chœur mouvant, vibrant où nous cherchons, où nous remettons nos ouvrages, nos colères, nos rires, nos larmes, nos idées, nos gestes sur l’établi de notre quête de sororité, de commun, de justice, de reconnaissance de nos métiers. Nous rêvons à haute voix. Sistas est une joie profonde. Une force pour Dire.





Michèle Bouhet DIRE 2020

L’émancipation ne peut pas se faire seule; c'est en voyant les autres s'émanciper que je peux m'émanciper…..

Je pense que ce regroupement 2020 au Château d'Oléron des SISTAS c'est ce qui me frappe le plus.
Frapper dans le sens Bouleverser

Frapper dans le sens casser les murs visibles et invisibles

Frapper avec mes poings pour hurler les victoires et les défaites de mes colères

Frapper pour Toper dans les mains de mes Sœurs

Frapper dans la gueule de mes Peurs

Frapper Ensemble de nos pieds La Terre pour l'ensemencer de nos questions.

Dans SISTAS,nous ne cherchons pas la bonne réponse,elle n'existe pas.

Nous espérons, je pense, que les questions de chacune soient des réflexions vivantes, même des réflexions que nous ne savions pas avoir avant de les entendre chez les autres.

Pour moi,il y a urgence à DIRE; pas de mission, mais une Urgence qui nous met en route et nous fait OSER. Celles qui osent avant nous ont certainement peur aussi bien souvent mais comme dit Antoine Compagnon dans Les Mangeurs d'Aurore : « La peur est trop petite pour l'espoir ».

Je me sens SISTA avec joie, allégresse. Je me sens Une dans ce cercle de femmes si différentes et ce sont toutes ces Unes qui font ce collectif plus grand que Nous. On est connectées, traversées, impliquées, concernées par des luttes, des paroles, qui ne s'envolent pas mais nous traversent. Mais il faut apprendre le collectif avec honnêteté, sincérité et humilité. 

Notre transmission est dans le Faire. La preuve dans notre chanson, dans notre chorégraphie et dans l'engagement artistique de nos spectacles. Nous avons de la force ensemble. Nous sommes des femmes de Parole sur scène. 

Nous créons les espaces où l'on peut respirer comme des fissures au patriarcat qui nous empêche, même sans qu'on le sache. Pour moi, cette volonté est éminemment politique et féministe. C'est une révolution dans le sens de changement d'axe, de regard, dans un mode de relation que l'on essai de tisser. Nous fabriquons ainsi une sphère faite de mailles irrégulières où nous questionnons aussi la question de la confiance, l’appréhension de la rivalité dans un monde capitaliste.

Durant cette semaine j'ai ressenti viscéralement cette fameuse phrase « De l'intime au politique ». Les interrogations de chacune se doivent d'être entendues sans hiérarchie afin de nous permettre de passer de la culpabilité individuelle à des analyses politiques. C'est un rude apprentissage. Ah ! La culpabilité….

Nous sommes samedi, 6 jours après mon arrivée chez moi et comme nous toutes et tous en pleine tempête de la pandémie du virus, et je suis encore pétrie de nos mots. Des échos encore et encore de nos interrogations, de notre force, de nos rires, de nos larmes, de nos doutes, de nos assurances et de nos belles étincelles.

La sororité n'est pas l'amitié. Cette phrase dite par une Sista est pour moi une pépite qui roule dans un coin de ma tête et me met en chemin d'analyse. C'est comme quand un conte m’entrouvre des paysages d'émotions inconnus et reconnus. Cette sororité que je ressens prends en compte toutes nos réflexions intimes à conditions que tous ces intimes nourrissent nos interrogations par rapport aux féminismes et à toute forme d’oppression sur des minorités. Et pour moi, dans notre boule à facettes SISTAS, l'énergie,la jeunesse, la démesure sont pour moi EXPLOSIFS.

MERCI.MERCI.

ET QUE JUSTICE SOIT FAITE.




Anne Deval et Myriam Pellicane DIRE 2020


Pour la troisième année nous nous sommes retrouvées à la citadelle d’Oléron pour DIRE !

Nous nous nommons nous-mêmes Sistas,

femmes conteuses ambivalentes contemporaines, en lutte.

Ensemble, nous faisons place à nos rages, nos larmes, nos provocations, nos danses, nos rêves parce que se dévoilent ainsi l'injustice, l'indifférence que nous devons encaisser, et l’urgence à DIRE.

La sororité nous donne la force d'affronter ce système qui nous isole, qui entrave notre liberté de création avec ses exigences spectaculaires et divertissantes.

Nous veillons à ne pas dévoyer notre fonction, nous pressentons les pièges qui nous éloignent de notre geste parole, de notre démesure.

Nous pressentons l'illusion de la grande scène au détriment des corps, du rituel et de la rencontre.

La culture vit ce que vit tout le monde en ce moment, une mauvaise répartition de la richesse et des choix absurdes!

Le silence et l’invisibilité font partie de l’histoire des femmes.

Ils nous unissent comme un héritage.

Nous sommes invisibles et avec nous est occultée l’essence même de l’oralité :

la richesse d'une parole en perpétuelle mutation qui invente sans cesse nos métamorphoses, bouge nos perceptions, relie nos cœurs, nos ventres, nos voix, au monde.

Il nous faut DIRE

Nous voulons avancer dans nos recherches, nous voulons des espaces d'expérience, d'écoute, des espaces de considération pour arriver à poser une parole étonnante, nouvelle, une parole qui témoigne de nos actes. Une parole qu’on entende!

Il nous faut DIRE

Nous restons en alerte les unes les autres, pour repérer toutes les formes de domination, les regarder en face, les relier, les traquer avec humilité, prêtes à décoloniser nos arts et nous bâtir un glossaire commun, une langue commune afin de nous fabriquer de puissants antidotes pour renverser le vieux monde, nos outils sont l'oralité aujourd'hui et l'oralité, comme de tous temps, a son rôle à jouer dans nos révoltes.

Nous partageons des questions, nous ne cherchons pas la bonne réponse, elle n’existe pas !

Il nous faut DIRE

Nous, femmes de paroles participons à la vie de la cité, en créant un lien pour faire société, en ouvrant des espaces poétiques qui émancipent, qui portent témoignage de la diversité à travers nos singularités d'artistes sur le terrain, celui du connu comme de l'inconnu social, contre toutes formes d’exclusion.

Nous sommes solidaires avec toutes les femmes qui rêvent et œuvrent à des alternatives, qui luttent contre ce système capitaliste, consumériste, individualiste, raciste, sexiste, validiste, conformiste, hétéro-normé, patriarcal, qui broie tout, détruit le peu de commun qu’il nous reste, ne respecte rien.

En ce sens notre engagement est politique.

Nous ne voulons plus de cette parole enracinée dans le patriarcat, ni d'une parole qui installerait un matriarcat corrompue par la quête du pouvoir.

Nos rassemblements pour DIRE construisent le rêve d'une sororité sans frontières.

Nos voix cherchent à rendre hommage à la force créatrice des femmes.

Ce rêve jubilatoire nous donne le sentiment que les règles, les codes et fortifications mis en place jour après jour pour nous invisibiliser ne tiendront plus.

Nous avons le désir de nous affranchir de toute leçon de morale pour inventer des actes artistiques fulgurants, comme un jeu pour conteuses bien éduquée, à ne pas manquer, qui aurait lieu tous les mille ans.



Anne Borlée DIRE 2020

Je m'engage et je participe au rassemblement des Sistas, femmes artistes de la parole, pour questionner dans le cercle de nos loges et ensuite avec le public, le système humain dans lequel nous sommes nées et pour trouver comment délier nos langues dans les muscles de nos chairs.

Je vis Sistas comme un rhizome en fabrication organique, c'est-à-dire, un réseau souterrain de femmes-racines qui poussent et se relient entre elles.

Pour moi Sistas c’est d’abord une force à percevoir et à laisser émerger, qui circulent entre nous et à travers nous, avant d'être des mots.

Pourtant la force des mots est présente, en permanence.

Et j'apprends ainsi avec Sistas à formuler, à décrypter, à mieux saisir, à capter, et donc à me positionner plus enracinée dans la parole que je souhaite partager.

Cette année, au rassemblement DIRE, nous avons vécu la soirée "révoltes et traditions".

Pour moi, cette question est au coeur de ma réalité de travail, de ce qui me traverse et m'anime dans l'art de la parole onirique. C'est une étape importante pour moi dans Sistas que certaines de ces questions puissent trouver pas à pas leur place :

* Questionner la domination qui se poursuit du lettré sur l'illettré, du rationnel sur l'irrationnel, de l'érudition sur l'empirisme.

* Interroger la domestication de notre parole, de notre langue, de la femme, de nos corps, de nos rêves, de nos pensées, de nos habitats, de nos liens aux humains et aux non-humains.

* Questionner la machinerie de "décommunautarisation" et de "déculturation" engendrée par la mécanique capitaliste et patriarcale des derniers siècles.

* Questionner l'impact réelle de tout cela dans nos cellules, dans nos ADN, dans notre perception des mondes et de ce qui nous entoure et nous anime. Et donc, indubitablement, questionner comment cela nous influe dans notre façon de pratiquer notre art, de construire nos luttes ou nos enfermements, ainsi que notre projection de l'avenir.

C'est une force considérable pour moi que le groupe des Sistas soit constitué à ce point de femmes artistes différentes, qui s'appuient sur des réalités et des perceptions différentes pour construire et vivre leur art.

Je pense que la transformation de nos mondes comme je la rêve, comme nous la rêvons ?, passe par cette compréhension ou, en tout cas, par l'acceptation maximale et réelle des altérités.

Avec les bousculades et les inconforts que cela peut générer, les étirements de nos visions et de nos esprits.



Najoua Darwiche DIRE 2020

Je viens pour construire un monde à défendre

m'abreuver à la source de la diversité

bousculer mes tragédies individuelles

récréer de la disponibilité de penser

faire tinter ma singularité

aiguiser mes couteaux

rêver

chanter

crier

écouter

dire

Sistas est un espace de liberté et de bouillonnement artistique qui réunit des femmes en lutte contre le système de pensée dominant : capitaliste, consumériste, individualiste, raciste, sexiste, validiste, conformiste, hétéro-normé et patriarcal.

Sistas est un pas de côté pour déconstruire les préjugés et chercher le souffle pour DIRE, rendre visible l'invisible, s'affranchir des entraves, questionner nos pratiques artistiques, chercher, expérimenter, rester éveillée.

Sistas est un acte de résistance politique en guerre contre toutes formes de discrimination et pour la réhabilitation du trouble, du fluctuant, de l'obscurité, du magique, du sauvage et de l'indécence.



Annukka Nyssonnen DIRE 2020

Sistas est à la fois un groupe de femmes et un lieu, une entité où s’effectuent la transmission et la création, toujours en mouvement de notre rassemblement.

C’est pour cela que, grammaticalement parlant, Sistas est pluriel et singulier en même temps.

Ce que ça fait ensemble, des femmes artistes qui parlent ? Nous découvrons en parlant le manque atroce que nous portions sans le savoir ni l’identifier. Dire, parler, se taire, écouter. On cherche dans nos boyaux nos peurs et nos cris, nos puissances et nos joies, on le dit, on les crie, on les crache mais on les sort.

Ce qui se trame, c’est la volonté exprimée de déconstruire des schémas de pensées sclérosés de dominations. Venir, participer à Sistas, c’est œuvrer pour la fin de ce monde, je crois. C’est un rassemblement féministe : nous œuvrons contre les privilèges du genre masculins et par la même contre tous les systèmes de dominations.

C’est le vœu : ça veut dire qu’à un niveau personnel, nous nous interrogeons et nous nous remettons en question. Parce que femmes, parce blanches, occidentales etc : nous participons malgré nous à certains de ces systèmes.

Que l’on soit artiste nous pose un pas de côté. Nous œuvrons pour aiguiser nos armes et attaquer ce monde, car nos yeux s’écarquillent quand les voiles tombent sur tout ce qu’on croyait savoir, sur tout ce qui nous paraissait normal mais qui n’est que construction sociale. Nous ne serons plus simples témouines désespérées d’une réalité avec laquelle on est bien obligée de faire, quand bien même on ne s’y reconnait pas.

Nous questionnons nos habitudes, nos lâchetés, nos manières de faire.

Le personnel devient politique. Notre regard d’artiste est impacté.

Notre geste d’artiste est transformé.

Le monde meilleur, plus équitable, avec plus de cœur, de silences, un monde moins rapide, plus harmonieux, nous ne faisons pas que le rêver, nous essayons à chaque moment de le mettre en œuvre. Sistas nous donne des mots, nourris nos actes et nous porte : nous ne sommes plus seules.



Catherine Pierloz DIRE 2020

Nous visons des déconstructions assez profondes pour permettre des enracinements fertiles: nous bouturons du neuf ET nous soignons le très ancien si nous reconnaissons en lui des racines dont la sève monte encore jusqu'à nous, ou dont nous désirons ardemment la sève, trop longtemps privées d'elle.

Nous sommes des artistes. Notre parole (aussi parole de silences, aussi parole de langages autres) est une parole publique.

Nous respectons la responsabilité d'une parole publique.

Nous questionnons l'impeccabilité d'une parole publique aujourd'hui, pour nous.

Nous réclamons que notre parole soit accueillie dans des conditions justes et bonnes. Nous savons que notre parole vient de loin.

Nous faisons ensemble tout le chemin qui mène du non-langage à la parole DITE.

Nous interrogeons les conditions d'émergence de la parole.

Nous traquons les interdits qui excisent dès avant leur émergence certains mots, certaines postures, certaines images, certaines pensées, certaines façons d'être.

Nous déblayons les pierres sous lesquelles tout cela a été enseveli. Nous sommes archéologues et accoucheuses (nous ouvrons les passages souterrains obstrués et remettons au monde ce qui a été condamné à l'obscur).

Nous cherchons à tisser finement et solidement les fils de la sororité.

Nous scrutons les pièges qui guettent nos rêves de beauté, d'amour et de paix.

Nous éprouvons nos propres faiblesses, nous nous confions les unes aux autres pour recevoir des autres la force, la lucidité, la détermination qui nous manquent parfois individuellement, mais jamais collectivement.

Nous nous révoltons, nous nous émancipons, c'est notre promesse les unes aux autres.

Nous sommes conteuses d'histoires.

Nous savons le sacré des histoires que nous contons, leur irréductible ancienneté.

Nous savons combien nos histoires modèlent le monde.

Nous savons à quel point les histoires s'enracinent dans nos puissances.

Nous œuvrons en secret, car c'est notre force inaliénable. 

 


 
Swan Blachère DIRE 2020

SISTA est mon arsenal. Une bibliothèque en mouvement. Chaude et respirante. Agissante, à chaque instant.

Dans chacune de mes sista, il y a tout un monde, une temporalité, une quête, une corporalité, un regard, un vocabulaire de prédilection, une épopée intime, une lutte collective, le désir féroce de renverser le vieux monde.

Mon arsenal Sista m'accompagne quotidiennement.

Le rassemblement DIRE c'est l'épreuve nécessaire, heureuse, renversante de la rencontre.

L'instant où nos regards, nos pensées, nos corps convergent dans un mouvement de va et vient avec les dames d'Oléron et le public.

Ce partage nous modifie, chaque année, profondément.

Autour des spectacles, des causeries, des repas partagés.

Autour de ce qui se vit dans l'instant. Le bruits des pas dans la vieille citadelle, le parfum des cuisines, les fulgurances, les coups de pompe. Tout ce qui ne se prévoit pas et se révèle ici maintenant. Avec les Sistas, avec les gens. Nourrir les mots futurs, sonder au plus profond, écouter ce qui palpite, les échos qui demain seront devenus des vagues énormes.

Ceci dit, il faut bien reconnaître que DIRE est à chaque fois une déferlante..

En tant que femme artiste, je viens y affûter ma pensée, ma vibration au monde, ma puissance d'agir.

Je viens y éprouver mes contours, connaître, reconnaître d'autres quêtes, d'autres formes, d'autres chemins.

Je viens m'y mettre au service de quelque chose de bien plus grand que nous.

Il y a moi, mes sœurs et il y a Sista.

Sista est une émanation magique et politique – donc artistique – de l’émergence de la puissance des femmes.

Nous travaillons, nous cherchons, et nous y entrevoyons, par instants, la possibilité d'un monde nouveau.



Amélie Armao DIRE 2020

Je suis là pour faire entendre une autre façon de faire du spectacle, pour essayer de comprendre les mécanismes qui, dans la création artistique, poussent à la compétition, à la surenchère. Comme en musique, j'ai l'impression parfois qu'on cherche à faire un tube. En oubliant qu'un tube, c'est creux. Il ne s'agit pas ici de trouver comment briller en spectacle. Ce que je viens chercher à Sista, c'est ensemble, creuser pour aller chercher l'essence de ce que je suis, de ce que je cherche, de qui est l'autre et de ce que je ne veux pas. L'absence de compétition à Sista permet de dépasser les rapports de force. Je cherche une vraie confiance à partager avec d'autres femmes artistes, qui, sans parler, parfois, se comprennent même sans le savoir. Je viens justement chercher à le savoir, que ça devienne palpable puis nommé, donc partageable. Mon regard s'aiguise et j'aiguise celui de l'autre.

Ce chemin est long, car il me faut désapprendre, prendre conscience de ce qui est ma base, pour la questionner et la confronter à la réalité de ce qui m'entrave.

Comme un tiraillement interne entre l'intuition et la raison. Entre l'intime et le public. Entre ce qui est bon de faire, ce qui est « correct », la bonne éducation, le bien pensant. C'est ce tiraillement qui doit aller vers la conscience.

Grâce à Sista, l'intime conviction de l'intuition reprend sa place. Il n'y a pas de marche à suivre et pourtant, ce n'est pas du n'importe quoi. C'est une pensée, un rapport au monde et à la parole publique artistique qui se construit.

Un autre rapport au spectacle et aux spectateurs devient possible.

Sistas est un lieu d'expérimentation, de jeté à l'eau, de prise de risque véritable. C'est un lieu d'exploration et d'introspection artistique. Avec humilité, engagement profond, questionnements puissants qui nous rendent fragiles car déstabilisées de notre base, mais plus fortes à force de travail.

Avec Sistas, j'entends que la parole prend un autre sens. Une autre direction.

Pas de complaisance dans le travail ni de faux semblant. Ça pardonne pas. Ça peut pas faire tiède. Sistas est un espace qui permet d'être ce qu'on cherche, parce qu'on ne peut pas faire l'économie de la sincérité envers les autres sistas. Le vrai enjeu est là. La sincérité et non plus la démonstration.

Être en soi, pas en comparaison à l'autre. Je veux dire que dans la société, la femme est toujours définie par rapport à l'homme. Ici, non. Ça déstabilise, on n'a pas l'habitude, on doit se débarasser de repères, de références bien ancrés, mais ce déséquilibre est dynamique et procure une grande lumière intérieure d'abord puis qui nous dépasse et rayonne plus loin que nous.

Et en quoi le fait que ces œuvres soient portées par des femmes peut ré-interroger la création artistique en offrant un autre regard sur le monde et la sensibilité.



Anne Deval DIRE 2020

« Nos silences ne nous protégerons pas » Audrey Lorde

pour la troisième année nous nous retrouvons pour DIRE. Et pour la troisième année nous nous confrontons à la difficulté de dire. Comment dire ?

Comment nous dire ? Entre nous

Comment le dire ? Aux autres

Invisibles, nous nous sentons invisibles et avec nous est invisibilisé l’essence même de l’oralité : le lien social qu’elle crée.

Invisible le travail dans les écoles, les collèges, les associations, les bibliothèques

invisible le travail avec la petite enfance, avec les exclu.e.s, avec les malades

invisible le travail de recherche, d’accompagnement et d’entraînement

invisible, dévalorisé et peu rémunéré.

Nous sommes invisibles et précaires.

Et nous savons pertinemment que ce que nous faisons est nécessaire, que c’est notre fonction.

Nous ne lâcherons pas.

Mais que faire ?

Aujourd’hui les politiques culturelles privilégient le spectaculaire au détriment du lien social, les institutions nous demandent de rentrer dans leurs cases et nous avons besoin d’argent pour vivre.

Cette situation nous contraint soit à prendre part à la compétition, briller sur les grandes scènes, seul moyen d’être prise au sérieux et d’avoir du budget (jusqu’à cinquante ans), soit à continuer à ramer dans l’ombre en valorisant la richesse des échanges, la beauté des rencontres et le coeur de notre métier.

Nos situations sont différentes, nos positionnements différents, mais nous sommes toutes impactées et empêchées par le facteur économique.

Ici à Oléron, les conchylicultrices ont réussi à obtenir un statut indépendant de leur mari au bout de 12 ans de lutte….

Et nous sentons qu’au delà d’un modèle économique, c’est toute une culture impérialiste et patriarcale qui nous contraint. Nous avons bien identifié le paternalisme, nous avons échangé moult exemples de condescendance, de mensplainning, de situation où nous avons été renvoyées à notre genre, depuis notre première rencontre, nos regards se sont aiguisés, nous sentons que nous manquons encore d’entraînement pour répondre, que nous sommes encore souvent sidérées mais nos yeux sont ouverts et nos langues prêtent à intervenir.

Nous avons tenté l’expérience du drag-king, nous avons mis des poils sur notre visage, nous avons surveillé les aigus dans notre voix, nous avons joué à être des hommes et nous est apparu le classisme et le racisme, bien caché derrière le paternalisme.

Comment nous dire ? Aux unes aux autres tout le sexisme, tout le racisme, tout le validisme, tout le classisme, tout l’agisme, tout le normalisme que nous portons en nous, intégrés ? Comment chacune admettre nos privilèges et reconnaître que si nous subissons toutes la domination masculine, nous ne subissons pas toutes la domination de classe, la domination validiste, la domination hétèro-normative, la domination agiste... ?

Comment accepter que l’agressivité est due à l’injustice, à l’indifférence et que nous devons l’encaisser pour considérer ses causes et agir ? Tout comme on le demande aux hommes !

Comment dire ?

Comment on apprend à ne rien prendre personnellement, à ne pas en vouloir aux individus et reconnaître que nous sommes prises dans un système ? Ensorcelées ?

Comment on se serre les coudes pour traverser l’inconfort de la remise en question ?

Comment on se serre les coudes pour visibiliser les plus invisibles ?

Comment identifier nos aspirations propres, des désirs imposés par la société du spectacle ?

Comment équilibrer notre appartenance à ce monde d’argent et la réalité de notre fonction ?

Pouvons-nous encore parler de fonction ? Devons nous parler de métier ?

A quel point nos créations artistiques doivent s’adapter à notre réalité économique  ?

le savons nous consciemment ? Inconsciemment ?

A qui accordons-nous le plus de confiance ? Devons nous attendre encore la validation des hommes « du métier » ?

Qu’est-ce qui nous empêche la sororité ?

Quelles sont nos priorités ?

Pouvons nous nous dire, nous définir : femmes en lutte ?

Nous avons observé, qu’au fil des années, le lien entre nous devient de plus en plus fort, les discussions de plus en plus profondes, les convictions de plus en plus affirmées, les réflexions de plus en plus résonnantes. Nous avons mesuré chez chacune d’entre nous la richesse de nos rencontres et l’influence qu’elles ont eu dans nos créations respectives. Nous savons que nous avons beaucoup à déconstruire, mais qu’ensemble rien est impossible ! Nous jouissons de partager nos paroles, nos histoires, nos visions du monde, nos recherches, nos questionnements, d’échanger en toute sororité  pour que nos paroles soient au service d’une oralité émancipatrice!



Julie Boitte DIRE 2020


DIRE me questionne sans cesse et profondément sur qu’est-ce que j’ai à dire et quelle est la façon dont je m’y prends pour être entendue.

DIRE, c’est pour moi, m’impliquer pour redevenir visibles et audibles en tant que femmes-artistes. Et sans accepter le mode patriarcal dans lequel le monde baigne, sans dévoyer notre propos. C’est nous questionner pour inventer de nouvelles et multiples façons d’occuper notre place, à chacune et à toutes.

DIRE, c’est expérimenter la sororité. Désapprendre la compétition, désapprendre la rivalité et explorer les multiples formes possibles de solidarité féminines.

Et plus globalement, se relier à toustes les opprimées, et faire entendre des paroles autres. Cette sororité nous confronte aussi à nos propres manques, et nous propose d’accepter d’être remises chacune en question.

Car chacune est une gardienne en devenir. Chacune est en alerte pour traquer où, le patriarcat, mais aussi le féminisme civilisationnel entre autres viennent se glisser subrepticement.

Dans le même temps, chacune respecte l’autre et aucune ne se pose en dominante ou en « sujet supposé savoir ». Car aucune n’a la même expérience de vie, d’artiste, de militante, de femme donc.

Nous avons toutes à apprendre et à désapprendre au contact des autres.

Oser se positionner chacune de là où chacune se trouve. Sans honte mais avec l’élan intact pour se mettre en mouvement de là où chacune se situe au moment M.

Être sœurs par-delà nos différences.

Notre parole poétique est si plongée dans la vie qu’elle en devient militante.

Faire partie de DIRE, c’est exigeant. C’est une exigence féminine, qui ne brille pas comme Apollon peut briller. Mais qui fleurit depuis les profondeurs et ainsi détruit le vieux monde. Car nous restons reliées coûte que coûte. Nous déconstruisons ce qui nous divise, à l’intérieur de nous-mêmes déjà, et ce qui nous sépare du monde.

DIRE c’est avoir pour maison une parole habitée.

 

Christine Horman DIRE 2020

Sistas est à la fois une posture, la conscience d’un état, et à la fois un lieu, le lieu d’où part la lutte.

La posture : celle de l’entre deux.

Nous, Sistas, avons toutes à voir avec l’entre deux. Là où ce n’est ni l’un ni l’autre, à la fois l’un à la fois l’autre. Nous sommes entre l’intime et le social, entre la norme et la marge, entre appartenance et exclusion, entre réconciliation et conflit, entre loyauté et trahison. Le lieu : celui du paradoxe, de l’oralité.

Sistas c’est le lieu du paradoxe, pas le paradoxe qui annihile la pensée et les actes, mais celui qui interroge la réalité et accepte son instabilité. Sistas s’invente dans une oralité qui voyage de contradictions en contradictions. De paradoxes en paradoxes la pensée se construit, s’invente dans une oralité vivante.

Préserver la liberté de l’oralité, ne pas s’anéantir dans la pensée paradoxale, être à l’affut de l’instant demande disponibilité, écoute et présence.

Chercher le point d’intersection entre la posture et l’oralité : la poésie. Une cohérence nouvelle surgit pour penser le monde qui n’est pas du côté de la logique. Une proposition du monde en perception, émotion, sensation.

Chercher à nommer ce point d’intersection, c’est identifier les troubles, les hésitations, les motivations, les forces, le chagrin, les difficultés, les allié.e.s, les ennemi.e.s.

Nommer pour s’engager désencombrées, et ne plus lutter par ressentiment ou vanité. Faire que le combat nous appartienne en liberté, soit inscrit dans nos mots, dans nos silences, dans nos actes.

Sistas est la création d’un cadre où je pense possible maintenant, de parler en liberté « contenus des luttes », et mener des campagnes. 

 


Hélène Palardy DIRE 2020

Depuis trois ans, le rassemblement DIRE et les Sistas qui le constituent, est un rendez-vous qui a énormément influencé ma parole en tant que femme et artiste.

Faire partie des Sistas est pour moi une éthique qui s’est forgée pendant les échanges dans la loge, grâce à la confiance qui s’est peu à peu construite en le groupe et chacune d’entre nous, notre respect mutuel. Les Sistas ne sont pas des femmes asservies, domestiquées ou dociles mais des femmes muées par des révoltes qui trouvent échos en chacune d’entre nous. Réunies pour partager interrogations, expériences, colères, enthousiasmes, idées et tout ce qui nous anime dans nos pratiques artistiques et intimes, le groupe offre à chacune une conscience plus aigue de sa singularité artistique et politique.

Ici le groupe n’est pas un ensemble dans lequel l’individualité se perd mais dans laquelle elle se révèle. Les Sistas me rendent à moi-même en débusquant les assignations d’une société patriarcale, capitaliste, hétéro et ethno centrée. Les Sistas me rappellent les fondements de mon engagement, si petit soit-il, dans ma parole artistique et politique, le pourquoi ma présence sur scène, mon désir de prendre la parole en tant que femme, la puissance que cela implique.

Ma vigilance est double : je suis à la fois dominée en tant que femme et lesbienne, mais également dominante en tant que blanche occidentale.

En tant que femme qui cherche à débusquer tous les jeux et enjeux des dominations, aussi insidieux soient-ils, je suis attentive à toutes ses expressions partout où elles se manifestent. Ainsi, le rassemblement DIRE et les réflexions/interrogations soulevées par les Sistas, ce qu’elles bousculent en moi, m’invitent à cette vigilance sur mes créations passées et en cours. Elles sont au cœur de mes créations actuelles tant dans le fond que dans la forme. Les Sistas m’aident à me définir en tant qu’artiste, m’émanciper et habitent mes choix artistiques.




Le Mot de Marion Minotti pour toute l'organisation DIRE 2020

Je voudrais témoigner de l'organisation pratique qui permet ce rassemblement « Dire ! ». Parce que si ce n'est pas dit, c'est invisible. Je ne parlerai donc pas ici de toute la richesse qu'ont apportées les sistas/conteuses qui nous ont offert leurs spectacles, celles qui ont bûché sur la soirée Révolte et traditions et les Désensommeillées, celles qui ont apporté les thèmes comme os à ronger, celles qui ont géré l'expérience des Drag King, celles qui ont nourri un info-kiosque, celles qui ont écrit poésies, textes et chansons ou celles qui photographient, enregistrent, filment.

Quels Coeurs ! Quel Choeur !

L'organisation pratique de Sistas c'est un magma. C'est Myriam Pellicane qui, en tant que Gardienne, maintient la flamme allumée : elle appelle les unes et les autres, suscite les discussions, maintien et nourrit le lien, gère les dead line pour éviter les coups de bourre. C'est elle aussi qui fait le programme de la loge (avec les proposition d'autres Sistas aussi), la programmation artistique, les dossiers de subventions, et s'assure de la communication. Autour, il y a Annukka Nyssönen capitaine budget qui planche l'été sur des montages de dossiers, Swan Blachère capitaine technique et logistique qui rassemble matériel, huile de coude et feuilles de routes et moi, capitaine bénévoles, gîte et couverts. Cette équipage travaille en amont sur l'organisation pratique du rassemblement Sistas, mais aussi pour certaines d'entres elles (toutes sauf moi en fait) pour celle du séminaire « Révolte et tradition », archipel de « Dire » qui a permis l'élaboration de la soirée du même nom.

Mais c'est aussi du lien avec d'autres personnes, qui ne sont pas les Sistas. Le public est en lien avec elleux. C'est la vie qui grouille tout autour. Ces liens participent à l'irradiance du rassemblement Dire !Les cuisinier.e.s Audrey et Laurent assurent les menus, apportent des ustensiles, des épices et s'adaptent aux rythmes parfois changeant de la loge et du programme ; mais aussi aux différents régimes alimentaires. Les X-tras ont été là pour aider les cuisines et faire l'accueil du public. Ielles ont rempli ces espaces de leur propres motivations à être là. Ielles ont chargé les lieux de leur enthousiasme, de leurs interrogations sur le genre et la tradition orale (pour faire court). Ielles ont payé leurs logements pour venir tout en sachant qu'il n'y aurait pas de places pour elleux en Loge. Ielles sont rentré.e.s en sororité avec nous. L'équipage du bâteau Sistas s'est élargit. 

Notre lien avec Brigitte et Bruno se familiarise aussi. Ielles sont les gardiens.nnes de la Citadelle et de la résidence d'artiste qui accueille une dizaine de Sistas. Nous sommes le premier groupe à avoir investit la Citadelle sur une période si longue. Au bout de cette troisième édition, nous avons appris à travailler ensemble et à nous faire confiance. C'est un plaisir qui rend notre présence confortable dans ce lieu si lourd de sens entre terre et mer. 

Un port d'attache.And the last but not least, l'association Contes en Oléron qui assure notre accueil, va visiter les gîtes pour nous loger, monte des dossiers de subventions, réagit à nos demandes impromptues, complète du materiel de cuisine ou des draps pour les oublis. Ielles sont aussi celleux qui font le lien avec le public et l'île. Bernard et les Dames d'Oléron sont celleux qui nous permettent de rendre possible ce rassemblement. Ielles sont le fil d'envie qui tisse nos voiles. 

Au fur et à mesure que le groupe de Sistas se forme, les tâches, les rôles, les places des unes et des autres se précisent. C'est une évolution selon un modèle de propension plutôt que de technique de projet. C'est à dire que ce qui est décidé se transforme au contact des intempéries, de ce qui survient. C'est mettre l'humain.e au centre de manière organique et pragmatique C'est accueillir les remises en cause et les transformations liées au moment. Cette organisation demande un état de vigilance qui exige beaucoup d'énérgie. La question d'une meilleure répartition de cette énergie sera discutée en réunion de captaines pour nos prochains rassemblements. Chacune des Sistas apporte et peut apporter sa touche à l'ensemble. Le penser en amont nous permettra de le rendre visible et, petit à petit, de le corps-prendre plutôt que le comprendre. Etre dans Sistas est un engagement concret et exigeant.

Cette année, Véronique, Claude et Marie-Sarah de Conte en Oléron sont venues échanger avec nous en loge. Elles ont fait monter la vague de nos habitudes. C'était un moment fort de cette édition. Les Dames d'Oléron auront eu de nombreux échanges entre elles et avec nous suite à des spectacles, ou aux soirées comme Révolte et Tradtions. Que nos questionnements de conteuses débordent dans le public ; que des programmateur-trice s'interrogent sur leurs pratiques en mettant les pieds dans l'eau; que les X-tras présentent leurs contes, chants, se déguisent et dansent ; qu'ANOUCK petite soeur, une enfant qui nous suit depuis l'année passée avec ferveur et curiosité PRENNE la PAROLE pour raconter une histoire qu'elle a écrite EN PUBLIC comme une pirate abordant notre navire; voilà pourquoi je participe à Sistas. Pour créer un espace de transmission qui se questionne et part à l'abordage du récit dominant du monde; pour participer à transformer le relief du rivage.


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