Paroles Sistas 2019





SISTAS est un rassemblement de femmes artistes de la parole à la recherche de l'apprentissage du véritable sens du mot « Sororité ».

Solidaires avec les femmes exclues des représentations culturelles que ce soit pour leur âge, leur engagement politique ou leur différence, elles cherchent à générer des espaces d'enrichissement mutuel qui favorisent l'audace, l'émancipation et la diversité.
Ces moments d'échanges questionnent postures, identités, transmissions, actes artistiques.
Il doit s’agir d’un engagement durable et permanent.
C’est la deuxième année que les SISTAS se rassemblent à Oléron 7 jours consécutifs avec DIRE pour échanger sur leurs pratiques professionnelles.
Cette rencontre permet de poser des mots sur des difficultés rencontrées en tant qu’artistes, artistes femmes, artistes lesbiennes ou queer, artistes femmes en situation de handicap, artistes femmes radicales…
En 2019, les postures se renforcent, l’organisation s’affine, le temps fait son office, patine les destins, écorche les désirs, ravive les élans des femmes.
Les Sistas, ouvertes à débattre de leur discipline ou de leur indiscipline qu’est la prise de parole en public à travers les arts de la parole.



 
DIRE se déroule sur 7 jours : 
* le matin et en privé, la loge, cercle de paroles est l’occasion offerte à chaque femme de bénéficier d’un temps d’écoute suivi d’un partage de point de vue. Un travail en profondeur qui se déroule de 9H à 13H.
* le soir et cette fois publics, des spectacles, des causeries.

Les SISTAS obéissent à des règles qui renvoient à la loyauté et les relient dans leurs différences, garantissant a priori détente et confiance, dignité.

Une gardienne et plusieurs capitaines représentent le noyau d'énergie centrale afin que chaque Sista trouve sa place.

Les SISTAS viennent de Suisse, Belgique et France, se rencontrent aussi dans un Archipel de petits groupes de travail de fond tout au long de l'année, comme le « Collectif Zéro » où une dizaine de Sistas se retrouvent pour travailler en scène. Il y a eu aussi M.U.E ( Mémoires, Utopies, Envoûtements) avec les Dimanches du Contes à Bruxelles (Conférences, Causeries, spectacles) et le séminaire « Révolte et Traditions » pour réfléchir ensemble à de nouveaux paradigmes au féminin sur les Arts de la Parole.

Les SISTAS sont différentes mais toutes égales.

Elles ont en commun une forme de combativité, d’exigence, de prise de conscience qui irradie tour à tour comme les petits carrés de brillance sur une boule à facettes.

À Oléron, elles ont à cœur de poser la question de l'ambiguïté et de la puissance du féminin dans la création ainsi que de réinventer leur parole profonde. 
Certaines Sistas racontent l'histoire autrement, d'autres imposent l'instant.
Il y a celles qui débordent, renversent, inversent, bousculent, il y a celles qui provoquent, celles qui sont à côté de la plaque, il y a les émotives aussi.
Toutes ont le rêve de changer la donne, de se libérer des codes et des cadres imposés par le système dominant. Toutes se démènent dans leurs pratiques pour tenter de concrétiser des espaces de paroles autrement.


 


Les loges

Les loges sont une des particularités de DIRE qui ont lieu le matin et mettent les SISTAS face à leurs différences. 
C’est le moment de porter un éclairage direct sur la pratique de la parole. De la parole à l’écoute, chaque témoignage vient nourrir la réflexion générale, agissant comme une aide à la construction de l’identité personnelle ou collective et par là renforçant force et indépendance.
Ce qui se formule dans le cercle n’est pas toujours cautionné par toutes. Parfois des propos ont pu heurter.
Parfois nous avons osé le dire. Parfois non. 
La liberté de ton est en question là aussi. 
L’aspect ritualisé de la loge a permis un cadre sécurisant et respectueux, quels que soient les propos tenus.





Paroles de Sistas

par Bernadète



La lumière du dehors éclabousse les carreaux du sol de la loge. 

Le cercle coloré des Sistas se forme. 
Au centre une bougie veille. 
Au fil des jours, des objets sont déposés. 
Autel éphémère. 
Offrandes de l’intime au collectif.




bracelet de défense, d’enfance 
pierre de lune comme un sein 
bassin de biche 
pierre de basalte 
perles de pêcheur





Les dos se redressent. 
Les jambes s’écartent, s’étalent, se replient 
au rythme de nos marées intérieures.




rose de pin trouvé dans un cimetière sur la tombe d’une prostituée 

pierre de gueule cassée 
couteau d’enfant ouvert, tenu dans la main gauche 
pièce pour couper le fil du couteau déposé 
caillou strié pour une amie partie
fil pour continuer à tisser ensemble 
bracelet





Tête posée sur les bras enlaçant les genoux. 

Équerre des cuisses. 
Un pied en avant pour l’une, 
cheville repliée pour l’autre, 
toutes, à l’écoute, de l’une d’entre elles. 
Les Sistas sont mouvances, émouvances, éveillées.




plante pour se protéger 

plume noire de cigogne noire 
jaguar 
paillettes 
crâne 
carte postale


Une main tire sur une manche, une seconde sur ses chaussettes. 

Images aperçues, disparues : tatouage sur la cheville, la jambe ou le dos. Les Sistas tissent les habits du monde de demain. 
Être dans la passe, trouver la passe, 
par le truchement d’un battement de plume. 
Clochettes, raclements, tintements, grelots, frottement se répondent...

Sistas boule à facettes. Archipelles en construction.




Toutes reliées par le silence









Mots posés à notre arrivée...



corps de verre - 

sautiller dans l’eau- 
une sorcière comme les autres 
je traine en des lieux bancals 
le conte m’a sauvée, m’a structurée. 
le récit peut exister de façon minuscule chez les petits qui ne parlent pas encore 
mystère - touchée - 
cercle retrouvé - mobile bois de l’île - 
élan - retombée - cercle retrouvé 
mes larmes sont des diamants - 
urgence de formuler - 
mûrissement 
retour pays de cœur - 
récit ancien: récit contemporain - 
le dedans/le dehors 
boule de feu - 
creusement des soubassements -échanges 
légitimité - 
sororité retrouvée 
le commun : être vivante, femme photographe . 
rêves de ouf - 
conscience de la richesse de chacune 
souvent éparpillée - 
se laisser parler - 
ôter les barrières 
exploratrice - 
archipels d’expériences - 
sistas : archipels entre les archipels - lien entre les îlots - 
transformation à l’œuvre 
bousculée - année mouvementée 
cercle chamboulant - 
peur des groupes - 
tripes en commun 
électrisée - 
je suis dans la colère 
travailler sur l’amour 
péter la gueule à l’égo - 
pas simple de me dire conteuse 
guerrière - 
légitimée la peur - 
limites/no limites




Mots posés à notre départ...



magma 

archipels
mouvances 

Sistas est une boule à facettes et chaque sista est une boule à facettes traversée 
légitimité 
transformation 
humilité 
nourriture 
fluidité 
le monde extérieur grouille 
secret 
joie 
élan créatif 
revendication politique et de l’intime 
je repars avec de l’espace 
je repars avec des sœurs 
exigence féminine - pas de flou - 
en quoi le spectacle nous permet de nous accommoder du réel ou non ? Je me situe à la lisière : ligne magique 
exigence
pouvoir nommer, construire sa pensée, son travail, enlève des peurs 

faire des passes magiques, chanter, gestes 
confiance 
connaissances 
légitimité 
bien vivante 
submergée:à force de fréquenter les lisières, je suis souvent sur les bords se sentir reliée 
retrouver mes rêves 
cheminer de l’une à l’autre 
douceur agissante de nos relations 
en prenant des râteaux on voit des étoiles 
rêvée éveillée 
légitimité 
le noir c’est toutes les couleurs, c’est nous 
vraie soif de trouver les mots, mes mots 
arborescence 
réhabiliter l’éparpillement, autre façon d’aborder la pensée 
femmes de paroles artistiques 
c’est quoi l’artistique ? 
lieu où poser mes affirmations 
poser mon essence 
réalité organique 
puissance dans la part féminine 
légitimité à scinder toutes mes facettes : ielle 
des peaux tombent 
tiraillement fait partie de moi 
décalage sans inquiétude 
peur, je suis à la porte 
animal prédateur




Cécile :
Je suis là parce que je refuse la prise de possession de mon imaginaire, de nos imaginaires.
Je raconte des histoires pour ouvrir des espaces insoupçonnés dans la tête des gens.
Je passe un temps fou à récolter de la matière, puis je la passe à la moulinette de me rêves.
Je suis là pour contrer le rêve dominant.



J’aspire à ce que ma parole soit utile, et dans le même temps j’aspire à échapper à l’utile. 
J’aspire à échapper aux filtres qui m’empêchent de voir et pourtant je suis pétrie de filtres qui m’empêchent de voir.



J’aime l’invisible. J’y plonge car j’y trouve un imaginaire sans contour.
Le coeur de mon travail c’est la lisière entre les mondes.
J’écoute les paroles se remettre en route. Pas des paroles pour ne rien dire. Des paroles pour briser le silence qui broie. Des paroles politiques de l’intime. Des paroles qui raccordent le réel et l’indicible.




Le réel, c’est l’instant que je vis avec les gens, mais des fois je n’en suis pas sûre. 

Je recherche la liberté et je me sens coincée.
Est-ce que ce qui me coince, c’est de raconter avec des enjeux politiques? C’est quoi être coincée dans son corps? 

Dans mon club de lutins, y’en avaient deux qui parlaient trop fort. 
Ils m’ont fait vaciller. 
Je suis tombée très bas. 
C’est un désaxé qui m’a redonnée la parole.


Ding dong mouvement de balancier. 

Remonter à la source. 
Je suis certaine que raconter permet à des petits en grande difficulté de s’élever. 
Un être humain est à double battant. 
J’aime le tapage. 
J’aime l’ivresse. 
Les contes m’apportent l’ivresse. 
Et l’ancrage. 
La ruse m’arrange. 
L’endroit de l’intime qui s’expose, ce n’est pas évident à négocier.


Comment parler de l’intime sans livrer des territoires sacrés qui du coup peuvent être piétinés? 
Je me sens souvent comme une taupe. 
« Les contes ce n’est pas la vie, c’est un autre monde. 
La vie, c’est la lutte. » 
Mais les contes font partie de notre environnement symbolique. 
Ils dessinent des représentations qui nous construisent. 
Ils participent à notre construction. Donc, les contes ont une dimension politique.`
J’ai l’impression que je ne peux jamais baisser la garde. 
Je suis en colère. 
Quand je m’appuie sur cette énergie, je suis plus entendue. La révolution industrielle a nié les cycles. 
Les bouleversements hormonaux ne sont jamais pris en compte. 
Je vis des empêchements. 
La baleine ménopausée peut vivre 50 ans après car c’est la seule qui connaît les chemins. 
L’arborescence est un mot qui m’a fait beaucoup de bien. 
La parole symbolique? Je veux bien à condition qu’elle nous pousse à la révolte, au mouvement. Celle qui nous fait nous accommoder du réel ne m’intéresse pas.



Sistas, est-ce un regroupement féministe?


C’est à dire situé politiquement dans un esprit de résistance et d’émancipation face à un système d’oppression appelé le patriarcat? 

Est-ce que la démarche de Dire, qui est un rendez-vous d’artistes, se situe dans une démarche politique?



Pôm:
Je vois que des choses travaillent en profondeur dans le temps et la boue. La boue parce que c’est la terre humide, prête à être sculptée ou à rejoindre l’informe. 
Déposer la colère à la première session a ouvert ici d’autres espaces . 
On y entre dans cette mastication des mots dont parle Myriam, cette salive qui dilue, digère, transforme. 
Il y a des mouvements qui se dessinent, entre soi, le réel, le rêve, la magie, le temps. 
C’est cette vitalité du mouvement qui m’est apparue là. 
Qu’il soit fluide ou gluant.
J’ai été encore subjuguée, parce qu’au fur et à mesure que je constate la puissance de siècles d’asservissement sur moi et sur les autres femmes, je vois aussi qu’un joyaux indéfectible est toujours là, qu’il s’est aussi nourrit dans cette boue et qu’il ressort dans ces paroles libérées du langage.



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