Révolte et traditions dec 2019

 


Nous voulons donner à entendre l'importance du collectif aujourd'hui, la nécessité de l'autre à être soi même, parce qu'il n'y a de dignité que partagée et que lutter et rêver sont une seule et même chose.

Nous, les Sistas nous voulons des subventions, pour pouvoir continuer ce rassemblement. Nous voulons avancer dans nos recherches, nous revendiquons des espaces d'expérience, d'écoute, des espaces de considération pour arriver à poser une parole étonnante, nouvelle, une parole qui témoigne de nos actes.

Une parole qu’on entende! 

Myriam Pellicane

 


Révolte et traditions - Paroles de Sistas -

« Nous sommes en quête de stratégies pour ouvrir des brèches dans le récit dominant et œuvrer à la propagation d’une multitudes d’autres récits. »

« Nous savons, dans nos tripes et d’expérience, que nos paroles ouvrent des espaces et des horizons autant dans la tête que dans le coeur, que nous sommes puissantes et comme tout le monde le sait : « quand t’as des super-pouvoirs, t’as des super-responsabilités ».


Révolte

« La révolte chez moi passe par les gestes du corps, comment je montre mon corps, dans quelles situations, quelles circonstances, quels publics, les lieux.  Parfois je cherche la provocation, je veux dire ne pas rendre sur scène ce qu'on pourrait attendre de moi en tant que corps de femme.   Brouiller les pistes...  Péter les codes : Les mots comme guides pour raconter d'autres imaginaires, le corps non conforme à ce qu'on attend de lui.

Le costume choisi. »

«  Qui suis-je ? C'est le début de la révolte, s'écarter du chemin qui n'est pas le mien, et essayer de comprendre ce qu'il est. C'est comprendre où sont les racines et puis sortir du global, reconsidérer le commun sous d'autres angles. Reconsidérer les modes de relations, les alliances.

C'est un long chemin tenace et guidé au départ par l'intuition. Les révoltes actuelles servent à rendre visible le refus, leur action fondamentale est là. »

 « Je suis née sauvage et cet état sauvage a engendré la révolte. »

« Y a un truc au fond de moi d’acceptation qui vient de mon enfance.

Attention, l’acceptation n’est pas la soumission. »

« Tension, larmes de rage, logorrhée, insoumission. »

«  ce qui me fais le plus mal, c'est de ne pas écouter ma révolte »

« J’essaie de couper les têtes des dragons tapis dans mon ventre; alors ça gueule ! »

« Une tension toute particulière dans mon corps et ma voix. »

« Un trou dans le plexus – une crispation autour des omoplates et dans les épaules. »

« Insoumission, autonomie, indépendance, mouvement, énergie. » 

« la révolte : nécessaire, vitale, jubilatoire »

« déconstruction, transformation, fragmentation, méditation»

« J’ai gueulé ! »

« La révolte permet de prendre les signaux à bras le corps. »

« J’ai dû gueuler et gueuler jusqu’à qu’on ne me supporte plus et qu’on me laisse sortir. Ça forge une voix. »

« fantasme de se battre physiquement, si besoin, à la boxe, à la batte de baseball, dans la rue, free-style, aux jeux vidéos... » 

« Mordre. Une envie de faire mal. »

« Pour moi la révolte c'est poser des actes, paroles, mouvements

sur une situation d'injustice et de domination pour en faire bouger les lignes.

La révolte responsabilise, donne le pouvoir d'agir.

C'est une loyauté qui a des principes émancipateurs. »

« la colère me fait mal, la révolte c'est la joie »

« La révolte est intrinsèquement dans le récit; il ne s'agit pas de « vouloir donner à voir » mais d’y être. »

« Au lycée j'avais une amie qui parlait avec la musique de la langue poitevine.

Un copain m'a dit : « quel dommage qu'une belle fille parle si mal! ». Je n'ai pas défendu cette copine, j'ai accepté d'être du côté des bourreaux ce jour là... j'en ai gardé une honte, c'est vraiment ce que je ressens encore aujourd'hui. Cette humiliation reste présente et m'a fait écrire mon premier spectacle et tous les autres…La honte....j'ai décidée sans aucune analyse que mon premier spectacle donnerait la voix à cette humiliation mais aussi au courage, au secret. »

« Comment être fédérateur.trice dans la révolte sans faire peur et exclure ? »

« De la naissance à la fausse couche, de la procréation assistée à l'avortement, il y a une appropriation du corps ou une négation du corps par une pensée dominante. Je suis heureuse de voir des groupes d'autogynécologie, de discussion entre femmes fleurir un peu partout. Les récits s’élaborent, individuels et collectifs. »

« Ma colère personnelle s’est muée en révolte lorsque j’ai véritablement accepté mes différences et les ai assumées tant dans mes choix amoureux que professionnels. C’est en faisant l’expérience concrète de mes singularités, à différentes étapes de ma vie, que s’est forgée une conscience plus collective, donc politique.

Si je me suis toujours su et sentie féministe, je n’avais pas trouvé d’endroit où placer cette conscience, ni d’autres femmes et hommes avec qui partager celle-ci. Seule, on est toujours plus faible. Il faut être plusieurs pour constituer une voix, se faire comprendre et entendre. Je vois que la récente libération de la parole de la femme, les études de genre, le fait que la femme se révolte à plusieurs niveaux contre les abus de l’ordre patriarcal m’ont permises de constater à quel point j’étais encore aveugle, muselée et prise dans un système. J’ai réalisé qu’une autre colère, souterraine mais tue, n’avait pas trouvé de prise avec une réalité de révolte collective et qu’il est temps de la faire entendre. »

« Dans mes histoires, je refuse le plus possible des propositions binaires. Je tente de refléter une complexité.

Je refuse d'illustrer un propos parce que à la mode.  Je recherche mon urgence à dire, même, si possiblement cela n'intéresse personne aujourd'hui. »

« Le mythe contient la révolte »

« Je pense de suite aux révoltes « des petit.e.s, des sans-grades » dans l’histoire passée ou présente pour obtenir plus de justice et je m’y reconnais puisque je viens d’un tel milieu paysan. »

« Si je suis devenue conteuse, c’est parce que j’avais l’intuition puissante qu’il était nécessaire de prendre la parole. De dire pour ne pas se taire. »

 « A midi, une pote m'a dit, t'es pas Jésus ! L'aprèm, y'a un truc qui s'est posé, j'ai pu communiquer ce qui me révoltait et obtenir des soutiens, j'étais efficace et ludique. C'est quelque chose de cet ordre qui se joue là dans mon rapport à la révolte que je veux donner à voir sur scène. »

Au collège une fille m'a dit : « On pourrait être copine mais tu es trop mal habillée » Ce souvenir m'a donné le désir d'écrire « Petites histoires de grand courage. » sur la force de la différence »

« La révolte c'est le sursaut, le réveil, l'attention au monde et la remise en question d'un ordre établi. Raconter des contes traditionnels, aujourd'hui, sur scène ou dans le hall d'une gare le temps d'une cigarette avec un inconnu, est pour moi un des chemins de la révolte.»

«  La révolte survient quand les évidences profondes de coeur, de valeurs ne correspondent pas aux discours reçus de l'institution religieuse, parentale, scolaire. »

« La révolte c'est donner à entendre ce que d'habitude on considère comme du bruit, trouver d'autres modes de partage que ce rapport frontal. »

« En scène, la révolte se manifeste par le choix du récit et sa forme. De la voix et des silences. Du mouvement, du corps.»

«être révoltée, c'est cultiver la détermination, la lucidité, le sans délai, l'audace, le tranchant. »

« Je suis révoltée face aux idées reçues, à la désillusion, au scepticisme, au manque d’émerveillement, au manque d’attention aux autres et au monde. Je donne la parole à ceux qui n’osent pas la prendre ou qui croient que ça ne sert à rien.

J’essaie de regarder ce qu’on ne voit pas et de porter mon attention sur l’invisible, le non-dit qui est pourtant hyper présent puisqu’il « suffit » d’écouter. »

« Oui, la révolte est une permanence à l'intérieur de moi, elle est tout simplement là »

« Ma révolte se dirige vers l'inconnu et non vers un modèle de révolution. »

« Je pense que sans la révolte, je ne serais jamais monté sur scène. »

« la révolte est un mot noble. Je l’associe immédiatement à « révoltes paysannes ». Dans l’histoire, il y a eu plein de révoltes paysannes passionnantes qui ont été complètement étouffées. Certaines ont été très inventives pour défendre des droits, des terres, des forêts, des mondes… Luttes contre l’appropriation de l’espace, la délimitation de parcelle, la privatisation des communs. » 

 « Le monde me met en colère : je choisi des histoires qui parlent d'un autre monde ou qui dénoncent celui ci, oui. Je ne vis pas sur Mars. »

« Je suis révoltée par la mise à l'écart de toute les pratiques non rationnelles, de la poésie, de l'art ; qu'il n'y ait aucun espace pour le flou, le trouble, les mangroves, les entres nombreux. »

« La révolte est une énergie lourde et souterraine. Elle n’est pas ce qui s’exprime mais elle est ce qui anime ma parole (c’est dans ce sens que je dis qu’elle est une force souterraine). C’est un de mes secrets. »

« En scène, la révolte se manfieste dans une vigilance portée à la parole. C'est être droite dans ce que l'on dit, consciente de ce que l'on véhicule comme idée et image. C'est construire un moment partagé avec le public qui ouvre de nouvelles voies-voix. »

« Chez moi, la révolte occupe une place de choix, elle est permanente ou quasi, c’est une condition de survie. Elle est jaillissement et joie et emprunte souvent le chemin de la colère. En scène, elle se pose sereinement avec les mots. »  

« La révolte est une énergie qui bouscule, remets en question, me fait sortir des sentiers battus, rencontrer des êtres hors du commun, hors normes. C'est une cour des miracles, profonde. Ce sont les maîtresses du désordre. La révolte est une amie joyeuse, elle porte mon attention vers ceux qui n'ont rien. »

« Je veux donner à sentir la révolte sourdre, elle est là tapie en chacun.e de nous, elle rend vivant, c’est un trésor, vivre libre ou mourir »

« Le premier souvenir de révolte qui me vient : Une ambulance d'enfants mitraillée par un hélicoptère pendant l'Opération Les Raisins de la colère en 90 au Liban. »

« Il y a quelques mois, j'ai découvert, ou redécouvert ceci : l'abolition de l'esclavage ne s'est pas faite pour des raisons humanitaires mais économiques. Des hommes, comme Schoelcher qui ont donné leur nom à des bibliothèques, lycées, communes, avenues en Martinique..défendaient en fait l'intérêt des maîtres békés. D'ailleurs, ce sont ceux là qui ont été indemnisés financièrement, pas les anciens esclaves. Résultat, 150 ans plus tard, ils détiennent encore pas mal de terres qu'ils ont pollué impunément (taux de cancer au top), dominent le marché agro-alimentaire (40 % plus cher qu'en métropole). »

« La révolte apporte la conscience »

« impertinence, malice, contre pied »

« C'est la prétention des « Sachants » qui me révolte le plus viscéralement, intimement.

Je me retrouve dans la position d'une petite fille face au mur indéboulonnable de ceux qui savent.. Je retrouve alors la paralysie... Je dois alors décider de me coltiner à cette peur pour qu'elle devienne le moteur de l'urgence. Cette révolte détermine la forme de mes spectacles actuellement. Mes formes artistiques doivent être une forme d'écrin mais qui n'a pas besoin de grand plateau, de grande lumière, de grands…..Sobriété au maximum pour jouer partout et surtout en dehors des scènes officielles. Pas que je m'y sente illégitime mais juste qu'aujourd'hui la hiérarchisation des lieux confirme ma révolte primaire. »

« J'ai la nécessité de raconter de manière presque rageuse; trop encore, trop peut-être mais la parole pour moi est vivante, physique, sexuelle. Elle porte l'archéologie humaine, ce qui vibre à l'intérieur de nous et surtout le fait qu'on est mortel. »

« La révolte me donne le droit de monter sur scène. D’abord immobile sur une chaise maintenant sur ma chaise roulante, bientôt peut-être dans un travail « chorégraphique », même invisible, le travail du corps et sa présence sur scène devient un plaisir pour moi. Autant dans la vie mon corps peut être source de gêne autant sur scène je le sens autre, puissant, canal. »

« Chanter, c’est un cri de liberté ! Sur scène, quand j'étais chanteuse, je pouvais transmettre ma joie, ma rage de vivre et être libre, être enfin vue et entendue. Fuck ! Avec la parole, quelque chose me coince.»

« La révolte chez moi c'est déconstruire le système de pensée/langage binaire (homme vs femme, masculin vs féminin, hétérosexuel vs homosexuel, bien vs mal, faible vs fort, gentil vs méchant, etc.), un système dominant qui simplifie, qui oppose, qui exclut, ou qui n’a pas de nuances, de possible hybridation, de cohabitation possible ou de trouble. Déconstruire tous les stéréotypes qui vont avec. »

« La révolte c'est ouvrir des espaces dans les histoires, ouvrir d'autres circulations de pensées, d'énergies, de fluides magiques. »

« Je me jette à l'eau pour voir. »

« En scène, la révolte se manifeste aussi vis à vis de moi-même : lutter contre mes propres contraintes, peurs, frilosités. Je me sens quelque fois en demi-sommeil ... »

« Je suis révoltée et heureuse . »

« Notre révolte prend la forme d’une écriture insolente, dérangeante, qui glisse petit à petit vers quelque-chose de tendre. »

 « En tant que femme, nos paroles sont plus singulières encore et méritent une prise de position sans excuse, gêne ou honte. J’aimerai que nous les femmes de paroles et de récit, nous puissions utiliser nos outils de façon exigeante pour leur donner du panache ! »

« Être entièrement sur scène, avec tout ce qu’on est, chanter ou raconter avec tout son corps, sa voix, ses mots est un engagement et un acte artistique dont on n’ose pas s’emparer. En cela, c’est se révolter contre tout ceux qui nous on muselé tout au long de nos vies, à commencer par nous-mêmes. Pour le conte, c’est un des axes de recherche que je trouve passionnant et que j’aimerais creuser. De façon globale, j’observe que l’excuse est toujours du côté féminin. Cette tendance sociale se voit sur scène. Ça me saute de plus en plus aux yeux et aux oreilles et ça n’est plus tolérable ! »

« Tout acte/attitude/intention/pensée de domination et d'emprise sur autrui provoque en moi une montée de lave. Toute tentative de contraindre au silence, de refuser d'écouter, de dire à la place de.. sont, pour moi, les manifestations les plus révoltantes de la domination.

Le mensonge, globalement, me révolte aussi. Ce dévoiement de la parole... Et les manières subtiles de le faire aujourd'hui, où tout est récupéré. Je déteste les riches qui parlent pour les pauvres, les hommes pour les femmes, les blancs pour les noirs... Pour moi ce sont des mensonges.  Cela procède toujours d'un même mouvement : quitter son ancrage et aller piller celui d'autrui. »

« Je pense être consciencieusement passée du côté des révolté.e.s à 14 ans, quand j'ai réalisée être attirée par une femme alors que personne ne m'avait jamais dit que ça pouvait être une option. Ensuite le cheminement vers une révolte à plus large échelle s'est fait aussi grâce à des rencontres importantes : une prof ultra révoltée, des ami.e.s qui ne rentraient pas dans les cases, des artistes subversifs et surtout des artistes subversives, des collectifs d'activistes/militants queer, féministes, antifascistes, anarchistes, anticapitalistes, etc.

Petit à petit la déconstruction de la pensée unique/dominante et la recherche de possibles autres pensées multiples est devenue une pratique qui fait partie de mon quotidien, de mes choix de vie et de mon travail artistique et non artistique. »

« Immense colère jeune adulte d’avoir été refusée à l’institut des Arts de diffusion en raison de mon handicap, sans me le formuler clairement. Quand je dis colère, c’est faux, mais plutôt un mélange de chagrin et de honte. »

« Notre révolte prend la forme d’une écriture insolente, dérangeante, qui glisse petit à petit vers quelque-chose de tendre. »

« L'intention profonde de la révolte c'est la quête de la liberté. »

« Il y a des révoltes qui s'étalent sur une vie à ne pas se conformer par exemple »

« Cette recherche de liberté me brûle le ventre, c'est une quête. Trouver la liberté sur scène avec le public, la liberté de ton à l'intérieur des récits... »  

« il y a des gens qui sont super doués pour râler, très rares sont ceux qui osent assumer cette parole publiquement. »

« Mes parents étaient méprisés et rejetés parce que différents et surtout parce que timides et peu agressifs. Quand j’y pense j’ai encore des envies de meurtre qui ne diminuent pas en intensité, au contraire. Depuis j’ai transposé ce ressenti sur toutes les situations où des minorités ou des personnes qui ne correspondent pas à la norme d'un groupe sont mises à l’écart parce qu'on les estime moins fortes, ou inadéquates, ou illégitimes. » 

« J’ai aidé pendant un temps le syndicat des Travailleurs-Paysans de Vendée. J’ai vu des écarts entre les discours et les réalités des pratiques qui m’ont révolté et ont amené nombre de discussions sur la pertinence des luttes. Mais c’est aussi l’époque où les femmes ont lutté pour avoir un statut d’agricultrice et donc des droits. Cette révolte a été payante et c’est une force que d’avoir connu ça. »

« J'ai des bouts d’histoires, comme ça, sur ma révolte, qui trainent un peu partout. On sait pas, peut être qu’elles attendent juste leur heure… »

« Je suis allée en Bosnie, 6 ans après la guerre et j’ai rencontré des gens vivant.e.s, en rentrant j’ai eu l’impression de retourner au pays des zombies : le confort ramollit. »

« Ce qui me révolte c'est le positionnement d’artiste supérieur à son public. »

« Un exemple de processus qui a été moteur pour ma révolte sont mes expériences de vie alternative radicale en lien fort avec la terre (communauté dans les montagnes, vie en roulottes bâchées sans eau courante et électricité...) et mon expérience de femme-qui-devient-mère dans sa puissance originelle et non conditionnée. »

« la révolte est un art ou plutôt l'art trouve sa source dans la révolte. La révolte couve en dedans, si besoin, elle peut jaillir, consciente de sa trajectoire. »

« La révolte c'est une échappée belle, colère, stratégie avec les copines ! »

« la révolte n'est jamais vraiment individuelle, mais toujours reliée »

«La révolte est un mécanisme de survie, un moyen de légitime défense.

Il y a révolte quand il y a danger, quand il y a besoin d'agir pour se protéger ou protéger d'autres. La révolte n'est pas un artifice de plaisir. »

«  révoltée par tous les abus de pouvoir,  l’hypocrisie et les mensonges des élites, des puissants, de la classe dominante, des dirigeants, des chefs, de patrons, des multinationales, etc..Toutes les injustices et les violences envers les femmes, les lesbiennes, les personnes queer, les personnes qui ne rentrent pas dans la norme imposée, à cause de leur genre non conforme, leur couleur de peau, leur statut sociale, etc.. »

 


 

Transgression

« la transgression demande de suivre son intuition au delà d'une règle, d'une norme, d'une loi. La transgression crée du mouvement, du changement. »

« Je suis doucement transgressive. Je ne suis pas spectaculaire, mais je reste résolument frondeuse face aux dogmes, à tout ce qui s'impose comme cadre en niant les voix qui tentent de s'exprimer à l'intérieur de ce cadre. Mais, attention, je crois très fort qu'il est nécessaire de donner un cadre. »

« oui je transgresse, en parlant de vulves, de pénis, d'homosexualité ou de caca. Parce que ça me fait tout simplement marrer. Ou parce que j'ai besoin que ça existe, que ce soit dit dans l'espace public. »

« la transgression est ce qui crée et transforme, qui ouvre, qui change l’angle du regard, qui met en danger, c’est un pas vers l’abîme, c’est se laisser tomber en confiance…tout ça n’a rien de naturel… En tout cas chez moi. J’aspire au calme, à l’harmonie, à la sécurité… mais c’est mortifère à un moment, alors le diable intervient, dans un détail, une pensée furtive, le doute est là, et la transgression pas très loin. » 

« A mon sens la transgression existe dans la norme. C'est drôle, tout récemment Bernard me disait à propos de l'organisation des repas du soir :. Nous devons mettre des règles clair pour permettre les transgressions. »

« dieu a dit que la transgression fait partie du plan »

« l'outrage, le blasphème, le diable c'est la transgression, donc la connaissance. »

« la transgression, ça fait les meilleures histoires. »

« Transgression est un outil d’émancipation, de réflexion, de prise de conscience du monde. »

«Je le fais quand la norme transgressée peu apparaître sous un jour nouveau.»

«Ma transgression c'est de refuser toute idolâtrie.»

«La transgression est nécessaire pour échapper à notre « condition » de gens dréssé.e.s. Elle développe l’imaginaire en nous donnant l'audace de remettre en cause le convenu.»

« La transgression est un déclencheur, comme la nécessité de mettre en branle des systèmes, elle est un souffle. » « la transgression garantit une forme d'évolution, elle redéfinit les limites. »

« j’ai bien conscience que je transgresse allègrement la bienséance, les bonnes manières, les « il faut que » et les « il ne faut pas que » avec les contes et les mythes. C’est jubilatoire. Je crois que j’aime ça parce que ça empêche le monde se figer. La transgression crée des fissures. »

« La transgression est une nécessité vitale. Être transgressive tout le temps (comme être en révolte tout le temps et pour tout) devient une norme figée, sclérosée. »

« je suis plus attirée par la subversion que la transgression. La subversion, c’est bouleverser l’ordre établi. La transgression, c’est franchir un interdit. Je cherche dans l’art son aspect subversif. »

« en maison de retraire je raconte des histoires sur le désir, la mort, l'insolence et je le fais exprès et je sais qu’après je reste parler avec les spectatrices -teurs si c'est possible. En général, le rire nous traverse et je trouve ces rires révolutionnaires à ce moment là; la parole est souvent sans filtre. »

« Monter sur scène est une transgression pour moi qui suis conteuse en chaise roulante. La personne porteuse de handicap, hors la question de son handicap, est assez peu visible.Il y a la honte à surmonter, à transgresser. Le handicap, la malformation de naissance est comme une blessure à la nature, une faute ontologique dans nos sociétés. Le handicap de naissance n’a pas le même statut que le handicap dû à un accident, ou à une maladie. »

Femme de parole, guerrière ?

« En pensant qu'une femme de parole n'est pas la norme, j'entends par là que ce n'est pas/plus la place qui lui est donnée de commun accord dans notre société actuelle. C'est une place qui faut prendre. C'est un rôle à prendre de dire, de faire lien, de raconter les Histoires, d'être témoin.  Les voix des femmes ont été étouffées, elles doivent se battre pour (re)prendre cette place. Et du coup quand une « Femme de parole » veut reprendre une place dans l'espace public, c'est la guerre... youpie... »

« Dans le monde que nous connaissons, une femme qui prend la parole est une femme qui affirme, qui se bat, qui impose sa vision du monde et donc oui pour moi c'est une guerrière. »

« Oui, une guerrière, de la difficulté pour les femmes de prendre la parole... »

« Oui si elle reste mobile et aux aguets »

« Intègre et sur le qui vive, prête à affronter »

« si je n’avais pas à me battre, je raconterais peut être pas »

« si je n’avais pas à me battre contre la pensée dominante, je raconterais peut être pas »

« je me sens guerrière en femme de parole. Ce qui est nouveau pour moi…. »

« Pour créer un espace de parole, en dehors des champs assignés aux femmes, il y a des batailles à mener.. »

« A quelle tradition féministe se référer? »

« Une femme qui entre dans la légende est une guerrière. »

« prendre la parole pour une femme aujourd’hui c’est un combat. »

« travailler à devenir la meilleure version de soi-même. »

« Se nourrir de stratégies, oublier et rêver »

« Trouver moyen de protéger, agir à couvert, exposer sur la place publique, trouver des allié.es, connaître ses ennemi.es. »

« elle porte la responsabilité de sa parole. C'est un combat en jungle patriarcale. »

« pour parler et pour se battre, il faut rester debout et assumer qui on est. Quels que soient les coups, physiques ou verbaux, on doit être prête à encaisser. La guerrière est aussi sage, elle sait quand elle doit prendre le temps de panser ses plaies, inutile de revenir trop tôt au combat. »

« aucune paix durable ne se fait par la victoire mais par la négociation. Pour négocier, il faut se mettre en position de le faire, en pleine maîtrise et conscience de sa place, son pouvoir, de ses atouts, avec des outils affûtés et maîtrisés, en tant que femme et artiste. »

« courage, agir avec le cœur, loyauté, justice (tesse)… »

« elle tend à changer le monde. »

« Dans le cas où elle réagit contre la société, elle est guerrière et révolutionnaire.  Dans mon cas, qui me situe définitivement à la marge, je ne le suis pas, juste une rebelle. »

« il y a quelque chose de la guerrière dans le fait de se tenir, droite, seule, avec une parole qu'on défend dans toutes les cellules de son être devant un public. »

« Si on entend « femme de parole » au sens commun « d’une personne qui respecte la parole donnée », alors oui, une femme de parole est une guerrière car de fait, le respect de la parole donnée, l’impeccabilité de la parole, l’engagement d’une parole donnée est un acte guerrier. Cela réclame courage, intransigeance (surtout avec soi) et droiture. (D’ailleurs au Moyen-Âge, une parole donnée avait plus de valeur juridique qu’un document écrit…) En revanche si on entend « femme de parole » au sens de « conteuse », non. Malheureusement. Je connais beaucoup trop de contre-exemples. Alors que cette position liée « à la parole donnée » (intransigeance, droiture, engagement, impeccabilité) DEVRAIT être la position de la conteuse. Et de l’artiste au sens large. »

« Que celles qui se sentent animées et appelées à ça puissent l'être en se libérant des tabous et censures. »

les traditions, on adhère

« Les traditions ouvrent des champs de visions spatio-temporels. Elles me metttent en contact, résonance avec d'autres personnes, d'autres générations. Elles peuvent être un ensemble de repères et de clés pour comprendre mon fonctionnement ou le fonctionnement d'un groupe, d'une famille, d'une communauté, d'une société. »

« C'est la base pour moi, quand je me mets en lien avec, je me sens libre, créative et portée. »

« pendant longtemps j’ai pensé que les traditions ne m’avaient nourri que de préjugés sexistes, maintenant je vois qu’elles ne sont pas pour rien dans mes rêves de justice sociale »

« " Tradition" vient du latin « tradere » qui veut dire transmettre. »

« les traditions me nourissent par le mystère qu'elles transmettent, la magie qu'elles évoquent »

« les traditions me nourissent, occasionnellement par hasard. »

« Le mythe est un bombardement de complexité, amoral, qui dit ce qui est. »

« les contes traditionnels sont des portes entrouvertes sur du mystère et ce mystère m'éclaire dans nos actions et surtout ce mystère me raconte notre mortalité. Les traditions me font appartenir à une communauté humaine. »

« la tradition orale nous parle de la condition humaine comme personne »

« les traditions sont des cartographies à explorer sans cesse »

« Il est bon de ne pas perdre le contact avec les traditions, de se les réapproprier, de transmettre les récits et les rituels et les garder vivants. Je pense que les êtres humains qui n'ont plus aucun contact avec les traditions, les rituels, le sacré, sont destinés à l’aliénation, la peur et le désespoir. »

« les traditions c'est aussi les rites de passages »

« le RAP»

« L'acte de transmission est un souffle, une force présente dans les récits qui ont été porté génération après génération et qui me porte. »

« vivre l'onirisme et permettre à d'autres de vivre l'onirisme en sachant qu'entendre des voix, voir, avoir des visions est considéré comme une pathologie psychiatrique»

« les traditions nous rappelent la tolérance, qu'on peut vivre ensemble en bonne intelligence avec nos différences. Ce sont aussi les rites de pasages qui permettent de gérer la violence »

« La porosité des mondes, le pouvoir des êtres sur leur destin ». 

« dans certains contextes spécifiques, certains contes traditionnels ou certains rituels dans ma famille, ou dans mon entourage ou dans ma région d'origine touchent quelque chose de profond en moi, plutôt au niveau inconscient, que je ne sais pas trop expliquer. » 

« Avec les traditions, il y a un aspect de témoignage sensoriel qui m'est cher, voir nécessaire, comme une pincée d'herbes ou touffe de crins qu'on glisserait dans un gri-gri. »

« les traditions me font prendre conscience du manque de sens de ce monde contemporain, d’autre part ça me pousse à tâcher d’en mettre, du sens, dans mes actes et ma vie. »

« voir que des valeurs qui me sont chères (partage, évolution, remise en question, cycles qui se répètent..) sont explorées depuis longtemps »

« Les traditions éclairent d'où je viens, sur quelles structures je me trouve, à quels récits j'appartiens, de quoi sont fait mes mots, elles me montrent des communs et des différences avec d'autres cultures, m'aide à tirer les fils d'une toile d'une histoire dont je fais partie sur terre et dans l'univers. »

« partage, universalité, écoute, patience »

« Les comprendre m'apprend à ouvrir mon cœur et me sentir proche d'êtres lointains. Observer nos désirs et aspirations communes à travers le temps et l'espace me redonne confiance. »

« Les traditions sont ancestrales et universelles. J’aime surtout leur lien avec le mystère, le sacré, le magique, le poétique. »

« Les mythes peuvent me faire prendre conscience de valeurs communes, de travers communs. Cela met des mots sur l’invisible, sur ce qui est indicible pour moi. Ce sont des récits forts qui parlent des interdits, qui nous structurent. »

« les traditions offrent un berceau commun où puiser des matériaux vivants qui ont supporté d'être passés au tamis d'êtres vivants, vivants dans leur temps »

« les traditions portent en elles quelque chose du monde qui nous échappe. Elles m'interrogent sur mes limites à les comprendre de manière rationnelle.  Elles me mettent en quête. Elles me nourrissent dans leur intemporalité. Elles m'obligent a gratter leur vernis pour faire voler en éclats mes représentations. Les traditions ritualisent aussi. Elles me donnent à voir des chemins que je n'aurai pas pris sans elles.  Elles me relient au chtonien et une forme d'animisme. Elles me poétisent. Il y a en elles le mouvement et le statique. Comme si tous les paradoxes pouvaient s'y retrouver. »

«Les traditions sont faites de gestes, de mots, d’histoires, d’architectures multiples et de connaissances... »

« les traditions transmettent des relations particulières au monde »

« les traditions sont des pratiques dont chacun.e peut s’emparer de manière plus ou moins active, plus ou moins libre, plus ou moins révoltée. Mais je pense aussi que la révolte est indispensable à la survie des traditions. »

« les mythes me sauvent la vie »

« Raconter des histoires, tout simplement. C’est la seule chose commune à toutes les sociétés humaines »

« Une autre manière de voir le monde. Voir en tant que vision, ce qui se passe dans les imaginaires, dans des espaces plus vastes.»

« j'aime la multiplicité des possibles interprétations du monde »

« les traditions c'est ma source, elles opèrent par magie, c'est évident »

«  La petite histoire retrouve la grande. »

« Résonances, autres et divers angles de vue, donc possibilités d'évolution. »

« rassembler les gens sur un mode hors du quotidien/ordinaire. »

« se laisser porter par ce que la tradition apporte de questionnements, de regard sur le monde, devient une réflexion commune, une dynamique. »

«  je trouve aussi des traces et des empreintes de voyages d'autres rêveurs.se.s qui m'ont précédée, qui me soufflent des pistes »

«  Les traditions sont sources d'innombrables façons de penser et d'être au monde et les arpenter m'éclaire, m'aide à mon tour à trouver ma place à la table des vivants et des morts »

Traditions et conscience politique

Ce qui est bon de mettre en lumière

« Les traditions me révoltent lorsqu'elles sont modelées comme porte parole de personnes racistes, machistes, patriarcales, coloniales, homophobes, transphobes...

transmettre des traditions immobiles, immuables. Ça n'a pas de sens.  Les traditions sont un terreau, qu'on doit modifier sans cesse sinon la monoculture tue tout le terrain. »

« les traditions sont récupérées par les extrémistes nationalistes, on les utilise pour faire la morale, pour servir les préjugés sexistes, pour l'asservir les masses. Au nom des traditions, on massacre, on viole les femmes et les animaux.

Au nom des traditions, on rend tout le monde alcoolique, on embroche les taureaux, on tue les requins, on se vautre dans le consumérisme à Noël, on apprend à ne pas écouter les femmes, ni les enfants, on encourage la domination, la violence, on oblige à manger du porc, à avoir peur des étrangers qui vont changer NOS traditions. Alors qu'elles sont là pour initier, être du côté des opprimé.e.s, rendre justice, accompagner à la fronde, te confronter à tes peurs, ouvrir l’espace. »

« qu’est ce qui se passe quand ça devient insupportable ? »

« non à la récupération d'archétypes pour asseoir un pouvoir »

« Dans la tradition orale, il y a un paquet d’idées bien rétrogrades qui sont véhiculées : c’est normal, si on pense que les contes sont passés à travers des siècles de domination masculine, par exemple. Mais aussi que le noir, c’est sale et méchant et le blanc, bien et beau. Faut creuser pour enlever toutes ces couches d’oignons qui font du mal si on continue à les véhiculer sans les réinterroger. »

« Les contes traditionnels disent : la loi du plus fort n’est pas toujours la meilleure, mais celle du plus rusé. Les contes remettent en question des ordres sociaux ou peuvent être irrévérencieux envers des incarnations d’autorité (les contes facétieux, idioties, folle-sagesse). Ils sont un pied de nez à l’ordre. »

« C’est ce que tu crois de ta tradition qui te fait décider de construire un mur ou un pont. »

« mon bagage politique me permet de faire des choix dans mon travail artistique. »

« L’aspect populaire me semble très important à mettre en lumière, l'oralité aussi. »

« ce sont les sciences sociales et les anarchistes qui m'aident mettre à l'oeuvre mon point de vue »

«  ce qui est bon de mettre en lumière dans les traditions :

La transmission d'un savoir quitte à le déconstruire mais au moins on le connaît. La conscience d'avoir un savoir. »

« le savoir n'est pas la connaissance »

« Je prends un malin plaisir dans les comptines à réhabiliter les filles, j'inverse, j'invente, je les déforme pour éviter des stéréotypes. »

« On trouve de tout dans les traditions. Ce n’est pas parce qu’une chose relève de la tradition qu’elle est juste. Dans le monde du conte et de la tradition orale, je suis pas mal tombée sur des conteurs et des conteuses qui sous couvert de véhiculer de belles valeurs, transmettent des valeurs douteuses qu’il faut dépasser et détruire aujourd’hui. Bonnes intentions, « valeurs » de sagesse, d’amour et de paix dans le monde : l’enfer est pavé de bonnes intentions. Ma maxime fétiche. Merci de me la graver en épitaphe. »

« les traditions sont parfois porteuses de valeurs qui discriminent, excluent. »

« Quand une tradition n'est plus un écrin de vie, il faut la laisser mourir. Comme un organisme vivant. »

« les traditions ne sont pas vertueuses en elles mêmes »

« Ça me fait l’effet d’un pont vers une autre dimension. C’est mon premier endroit de lutte : la piraterie de l’imaginaire, détruire le patriarcat capitaliste en piratant ses histoires misogynes qui valorisent la compétition et la domination. »

« je suis effarée par les logiques de servitude qu’on retrouve dans les contes: la religion, la norme du mariage, la norme du respect du père, les tâches genrées. De ce point de vue, ça me révolte. Je trouve tout à la fois un imaginaire débridé et parfaitement bridé. »

« Pour moi, la distorsion patriarcale et catholique dans nos inconscients et nos imaginaires, les coutumes enserrantes et coercitives, les gangrènes intergénérationnelles, ne sont pas pour moi "la ou les traditions". Je les vois comme des manipulations volontaires ou maladroites sur les forces de vie et de mort, des jeux de pouvoirs, des combats à mener avec nous-mêmes, avec le monde depuis peut-être l'origine des temps? »

« les traditions me révoltent quand elle sont bues sans soif, qu’elles ont pour mission de donner leur nature aux gens, quand elles tuent l’éveil et la spontanéité. »

« L'appartenance a un groupe avec ses codes, ses devoirs, dès qu'il y a oppression sur une minorité, ça me révolte. Adolescente, la tradition me révulsait. Je voulais fuir, d'ailleurs c'est ce que j'ai fait : pas me marier, laisser mon travail, oser faire du spectacle…. » 

« les personnes préoccupées par le développement personnel édulcorent le mythe »

« en frondant contre la tradition, je fais ce à quoi elle sert, se positionner et faire des choix. »

« Dans les contes traditionnels, on côtoie la facétie, arme des « petits »pour se moquer des « puissants ». La métamorphose nous raconte notre puissance . »

« Ce qui me révolte c'est le cloisonnement la séparation, le mur que les blancs dressent entre les traditions. »

« Quand les traditions se figent sur des formes, des injonctions, quand elles ferment les récits, quand elles m'enferment dans des rôles, des places que je n'ai pas choisi, qui ne me correspondent pas, je les trouve violentes et castratrices. »

« La tradition peut être utilisée pour transmettre des valeurs ou des opinions mais qui ne font pas partie de la tradition en soi, tout dépends de qui transmet cette tradition »

« les traditions contiennent toutes les valeurs et toutes les erreurs et les erreurs nous apprennent beaucoup. »

« Les traditions qui convoquent des opinions bien arrêtées sur les femmes afin de permettre aux hommes de garder leur pouvoir, m’ulcèrent. Tous les contes. »

opinion / stratégie / encore des mots

« avec les réseaux sociaux, tout le monde a une opinion sur tout, sur la tradition ou la couleur de ton slip alors bon… En fait c’est un truc assez merdique, l’opinion… »

« J'ai une opinion sur le mot opinion : j'aime pas ce mot »

« Donner à comprendre/corps-prendre ce qui se joue est plus important que dire ce qu'il faut en penser. »

« Le terme opinion est péjoratif, je dirais : j’ai un point de vue »

« Changer de point de vue, les multiplier »

« en tant que femme de parole sur scène, je sens une pression publique de donner son opinion. »

« je préfère le mot « ruse » au mot « stratégie » »

« j'utiliserais plutôt le mot posture »

« c’est un mot récupéré par le système capitaliste, je préfère dramaturgie. »

« Révolte et traditions : la vitalité du ruisseau et la force de la montagne »

« nous sommes libres de prendre ce qui nous nourrit et rejeter ou transformer ce qui nous révolte. »

Qu'est ce qui empêche d'agir ?

« J'évite de réagir, continuer à être là, à mordre la poussière c'est déjà agir. je crois que ça continue de me faire violence si l'on considère les choses en tant que faire ou pas faire. C'est le terreau de la culpabilité. Toujours le faire, la poésie elle fait rien, elle est. C'est énorme. »

« face au mépris je perds mon sang froid »

« la révolte c'est aussi une douleur. Physique le plus souvent, et puis la douleur de la solitude, la vraie, être seule dans son corps. »

« Dire / exprimer et ne pas être entendue, ni écoutée. Ou mal ou peu prise en considération. »

« J’ai peur de ma colère »

« aujourd'hui en ville, l'oppression est visible partout. Il faudrait entretenir d'une forme de schizophrénie : devoir séduire pour trouver des espaces pour pouvoir poursuivre mon travail, c'est à dire donner ce que l'on attends. »

« Je n’ai pas peur d’agir quand je suis sûre de moi. Si je ne suis pas sûre, je n’agis pas »

« La révolte a souvent été pour moi le départ d'une réaction; elle n'est pas réfléchie, elle est viscérale. S'il y a trop de réflexion, d'analyse devant la révolte, la peur peut m'empêcher. »

« Je me sens vraiment à ma place quand je plante des graines ou que j’ouvre des portes. Je peux dénoncer mais ce dont j'ai besoin, ce sont des perspectives, sinon la colère tourne en rond. »

« Comment poursuivre ma recherche si elle ne s'inscrit ni dans les préoccupations, ni dans les esthétiques dominantes ? Il faut être de plus en plus schizophrène ou risquer l'écart, l'invisibilité, le retrait tout en continuant à nourrir des convictions profondes sur notre chemin d'exploration. Je suis en plein dans la question, pas simple »

« j'ai du mal à travailler une fois seule face à moi-même.

« Peut-être que si je n'étais pas maîtresse de ma ligne artistique, j'aurais plus d'occasion de jouer ahaha ! »

« Ha ha en ce moment NON, je ne trouve pas d'espace pour m'exprimer »

« Ce qui me freine, m'empêche d'agir : Les institutions, clairement, d'autres personnes du métier/ du secteur. » 

« L'isolement, le manque d'outils, le manque d'amour. »

« ma difficulté à me faire confiance sur des choses qui me paraissent trop « bizarre » »

« je suis grillée à des endroits où je suis considérée « trop politique » »

« J'ai du mal à lâcher prise. »

« La peur d'agir, c'est la conscience que pour agir vraiment, maintenant, il faut dabord renoncer peut-être à tout ce que l'on a bâtit pour soi pour s'inscrire dans un temps plus vaste que soi. Pour faire cela, il faut la foi et trouver des allié.e.s sans quoi, oui la peur d'agir côtoie la peur de disparaître»

« il y a 30 ans j’ai été à Moscou, j'ai vu les regards sur moi, pas comme ici, des regards stupéfaits de me voir en public. J’ai vu personne en chaise roulante sur les trois jours où j’étais là. Et rien d’adapté, pas d’ascenseur dans l’hôtel (pourtant hôtel de touriste).

Dans les villes adaptées comme LLN on voit des gens en chaises roulantes… Attention je ne dis pas que c’est à cause de ma chaise que je joue peu. Mais je prends conscience que ma réticence à diffuser est la peur de me trouver face à cette question. »

« la peur de ne pas être entendue ou comprise, la lourdeur de fonctionnement et de pensée qu'imposent certains collectifs, associations ou groupes, l'abattement parfois devant « le trop à faire » »

«  La peur de décevoir, une vraie bataille avec mon égo »

« ah ! La culpabilité ! »

« Ce qui me freine, m'empêche d'agir : la loyauté, la paresse, l’indulgence, la lassitude, la peur du rejet, la honte… »

la découverte d'autres traditions

« Selon les récits, je trouve ma légitimité près des gens qui ont été des sources...en assumant ma parole »

« Parfois, je me sens un peu fourbe ou peut-être coloniale, ou parasite... après je me dis que c'est peut-être comme ça aussi que j'apprends des choses, prendre des chemins un peu bizarre, un peu honteux. Ou inconnu? C'est peut-être aussi un espèce de chemin obligé, celui de tâtonner. Avec parfois des ratés. »

« le sud de l'Italie...être allée là-bas, avoir écouté des personnes me raconter des histoires, m'être imprégnée des gens, des lieux... parler la langue, c'est hyper important. Observer les gens, leurs corps, comment ça fonctionne là-bas, être témoin, observatrice. Les écouter chanter, participer aux fêtes qui mélangent le traditionnel et le contemporain ».

« Je pense que c'est une des choses les plus puissantes que j'ai apprise et apprends dans mon métier, c'est l'écoute. Ecouter un récit, écouter des sensations, écouter les perceptions intérieures-extérieures, écouter ce qui sonne faux, ce qui sonne ample, ou subtil, écouter les espaces entre les lignes, tenter d'écouter ce qui se dit derrière les mots, écouter les sons, les bruits... »

« se rappeler qu'il y a d'autres manières de penser, de voir les choses, de faire un écart. »

« Dans le cas d'une tradition autre que celle dans la quelle on a vécu/grandi, peut être il faudrait tout d'abord se questionner sur le pourquoi et le comment nous avons été en contact avec cette tradition. Et sur le pourquoi et le comment cette tradition, ou conte ou rituel, nous touche ou nous concerne, et pourquoi on a envie de l'incarner/le raconter.

Peut-être que déjà cette réflexion peut être une bonne base pour éviter de tomber dans l’exotisme caricaturale, ou dans la posture du colon décomplexé « parler à la place de... » »

« Quand je suis en apprentissage d'une tradition, je lui laisse toute la place, je suis comme une idiote, une innocente, c'est très joyeux, parfois dangereux. »

« en recherchant des paysages, des musiques de la poésie qui raconte cette autre tradition. En restant modeste pour honorer. »

« à l'écoute en apprenant à ne pas savoir par avance »

« j'écoute des gens qui portent d'autres traditions, j'écoute par instinct de percevoir quelque-chose qui m'émeut, me dépasse et queje ne comprends pas... mais qui me parle ou me révolte »

« Se renseigner, chercher sous les couches, aller à l'origine des sources. Surtout, chercher les résonnances persos , là où ça vibre. Faire gaffe aux commentaires digressifs jugeant à l'aune de sa propre culture, à l'imitation. »

« J'ai une pratique d'éponge, je bois ce qui n'est pas mien, je digère, ça resurgit par porosité. Je ne sais pas d'où je viens, je compose.C'est une pratique d'écoute et de transformation, je n'invente rien, j'utilise, j'imite ( le bruit des rivières, des pierres, des machines) je re-malaxe tout le temps. Je m'inspire du rapport au temps, aux silences. Pas de frontière, le mélange est toujours présent.

Du temps, de l'immersion, je parle avec ceux et celles qui sont dans la connaissance d'une tradition, je suis disponible à l'altérité, je vais dans les lieux trouver ce qui résonne en soi, je tire cette ficelle jusque dans les endroits qui me rebutent »

« Les mythes voyagent depuis que les communautés humaines existent, leurs destins est d'évoluer sans cesse par la rencontre. Il faut accepter de se faire dévorer, accepter l'improvisation, ne pas avoir peur, accepter de ne pas tout maitriser, accepter l'ennui, voir les esprits, se fondre dans une autre perception du monde, payer sa dette, aiguiser ses sens pour trouver d'autres voix »

« Plein de traditions parallèles, certaines sont nées de révoltes. Tout change. Propension humaine à créer des rituels qui deviennent traditions. »

création, oralité

« à être trop dans son intention première on se met des ornières.

L'idée qu'on projette peut être l'arbre qui cache la forêt des réels processus en jeu. »

« je me charge de mes mortes, mes ancêtres, leur volonté de vie qui m'a mise là. De celleux qui souffrent et ont souffert et à leur élan de vie. Les éléments, les arbres. La joie et la simplicité d'être au monde. Et plus ça va, plus tout ceci est à la fois primordial et sans importance. »

« Plus je suis libre, plus je suis juste et ça c’est déjà très dur. »

« Explorer tout le temps. Si on arrête d’explorer, on est arrivé, si on est arrivé, on n’est plus en mouvement, si on n’est plus en mouvement, on est mort. »

« laisser advenir les intensités inattendues, qui se révèlent quand le verbe se partage »

« Quand je raconte je suis dedans »

« Quand je raconte, j'ouvre d'autres portes/canaux en moi, je sens que quelque chose me traverse qui est d'un autre ordre, un autre regard sur les choses. Comme en poésie d'ailleurs. »

« Avant d'entrer en scène, j'aimerais me charger d'hyper sincérité et d'être en accord avec les promesses que j'ai fait à la petite fille que j'étais. »

« j'essaie de ne pas « attraper » un chemin qui ne se serait pas posé là de lui-même. »

« c'est la façon de chanter qui donne une intention à une histoire »

« si c’est pas juste, l’histoire ou le personnage se venge… certes c’est une croyance »

« jamais de chemin tracé, je chemine plutôt »

« je suis une contemplative »

« Poser un moment de décalage, mélanger les temps, ouvrir des perceptions, se mettre à l'écoute de l'ensemble. Faire trembler les interstices, se trouver au bord du vide. »

« Tout prend du temps. Souvent je cherche mais je ne sais ce que je cherche, seulement quand je l’ai trouvé »

« Il m’est arrivé de comprendre d’un nouvel angle, la portée de certaines images simplement au moment où je les racontais. »

« défricher les herbes devenues mortes pour nous est essentiel pour ne pas continuer à diffuser des savoirs morts, des mondes périmés.

J'aime que les contes traditionnels soient des lieux hybrides où se mêlent des accents anciens et des accords plus neufs.

Je crois qu'ainsi ils restent des organismes vivants. »

le trouble

« oui, je laisse la place au trouble, à l'inexpérimenté, au flou, au temps suspendu...au silence »

« dans le travail je vais gratter là où ça me trouble. Sur scène j’assure un peu mes arrières, comme on dit. »

« Le trouble, carrément mais c’est un long apprentissage que de ne pas le craindre et de le donner à voir. »

« le trouble ? à fond, vive la mangrove ! »

« le trouble ça n'arrange pas tout le monde, mais moi je sais que les histoires sont bien plus grandes que nous même. »

« le trouble, c’est l’inconfort primordial »

La coupure

« Je pose quelque chose à propos de la tradition.

J'ai vraiment l'impression que la tradition est loin de mon époque, de ma génération, c'est quoi ma tradition au final ? Quand je parle de tradition, je me réfère à quoi... ? C'est quoi les moyens de transmission dans notre tradition ? Les écrits, les images, le numérique ? Je me rends compte qu'en lisant des contes dits traditionnels (européens francophones) j'ai été vraiment contre parce qu'ils portaient des opinions trop lointaines de moi, hyper catho, normatives... Je devrais d'abord pouvoir considérer la tradition avant de la reconsidérer ! ça prend du temps, je me rends compte que je suis complètement en manque de repères par rapport à la tradition. Je lis des trucs, j'écoute... enfant des années 80, c'est quoi mes traditions ? Je sens qu'il y a eu beaucoup de coupures.  En tous cas, les traditions sont quelque chose qui nous amène à réfléchir et/ou à faire lien à un autre niveau, dans d'autres espaces, qui ne sont pas forcément ceux du quotidien, mais qui nous lient dans quelque chose de plus large, plus grand que nous, temporellement. Faire lien avec d'autres temps, d'autres générations. »  

« Comment s'approprier une tradition ? »

« Est-ce que la tradition peut être un socle tremplin pour la révolte ? »

« il y aurait un rite initiatique proposé par le mythe ? de quoi on parle là ? »

« je me demande pourquoi je ne saisis pas...de la sorcellerie contenu dans les mythes ?quelle part du monde se dérobe à moi... »

« De quelle tradition parle-t’on? Celle qui se met au service de l’ordre établi? Celle subversive à demi mot, tellement à demi mot que finalement ça ne parvient à personne? Moi je veux bien recevoir la tradition dite subversive, mais j’ai du mal à la percevoir… »

quelles solutions ?

« Cultiver le cheminement créatif. Ouvrir les portes. Partager nos connaissances. Tisser nos forces communes de femmes, de Sistas... »

« se soutenir en collectivité, trouver des alliées pour ne pas être seule prise au piège dans des rapports de pouvoir. Aller là où on est accueillies, trouver des lieux non hostiles pour la création, d'autres endroits. Ne pas forcément défoncer les portes fermées à coup de bélier. Pratiquer l'auto-défense collective. »

« en fait il suffit d’être soi, comme une révélation. »

« plus on prend le risque d’être soi-même, plus on se fout de la pression des institutions »

« j'aime les possibles allers/retours qui questionnent l'expérience. »

« allier différentes forces : l'ordinaire, les plaisirs de la vie, l'enracinement, le combat. »

« Multiplier les formes et les récits qui élargiront petit à petit les consciences. Prendre nos responsabilités de conteuses mais aussi d'inventeuses.  Rester exigeantes et vigilantes. Agir là où on a de la ressource, là où l'on est efficace. »

« être en mouvement, la révolte se construit dans la création et les discussions avec une équipe. »

« partager nos colères et nos révoltes avec d'autres révolté.e.s pour trouver de la force dans le collectif, dans une communauté, pour renforcer notre légitimité, pour créer de nouveaux rituels... »

« je pose des pions..par ci par là, poco à poco..la cavalière viendra. »

« J'apprends et au quotidien je parle encore et encore avec des gens qui ne pensent pas comme moi. »

« Identifier ce qui est misogyne, le révéler et établir nos critères. Comment on communique sur nos recherches ?

comment on crée des ponts avec d’autres femmes de la parole, conteuses, slameuses, rappeuses…. ?  qu’est ce que la sororité ? Sommes nous une sororité ? Quelle est notre positionnement ? Comment nous faire entendre ? Comment nous rendre visible ? »

« Continuez à ensemencer nos cultures... je crois que dès qu'un pas est fait il laisse une trace. »

« doit on retourner révolte et traditions l'un contre l'autre ? Est ce que je peux retourner une seule jambe de mon pantalon et continuer à marcher ? Yin et yang , yang dans yin et ying dans yang ! »

« Poser la révolte pour l'observer et prendre le temps de la stratégie héhéhé ! Se jeter à l'eau en essai / erreur.

Et faire récits du cheminement aussi. »

« Il n'y a pas de solution à partir de là quelque chose peut commencer,

on peut ouvrir des espaces en employant d'autres mots pour décrire, en rafraichissant les points de vue. Donner du discernement, de la capacité à voir, fabriquer de l'autonomie. »

« Si l'on m'apprenait que la fin du monde est pour demain, je continuerai de planter des arbres »



 

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